Célébrer ses premières lunes

Les cérémonies de célébration des premières lunes sont destinées aux jeunes filles ayant eu leurs règles pour la première fois au cours des douze derniers mois. Ces cercles de parole se présentent comme un rituel de passage joyeux vers le monde des femmes.

Marie, 12 ans, évoque ses premières règles avec une palette d’émotions : « C’était joyeux ! J’avais le sentiment de rentrer dans le monde des femmes, de ne plus être un bébé. En même temps, je pleurais. À la fois de soulagement – j’avais eu tellement mal au ventre avant –, mais aussi parce que j’appréhendais ce qui allait arriver. » Quelques mois plus tard, Marie sent la solitude l’envelopper : « Aucune de mes copines n’était réglée. J’en parlais à mes parents, mais ce n’est pas pareil. » Son père lui propose alors de participer à une cérémonie de célébration des premières lunes, un cercle de parole destiné aux jeunes filles ayant eu leurs premières règles au cours de l’année écoulée.
« Au début, je n’étais pas trop partante, confie Marie. Mais mon père, qui s’était renseigné, m’a expliqué comment cela allait se passer. Je me suis dit que je pourrais y apprendre des astuces pour que mes règles soient moins douloureuses et échanger avec d’autres adolescentes. » C’est ainsi qu’un beau jour de printemps, Marie a participé à une célébration des premières lunes sous la houlette de Camille Sfez. Cette psychologue a créé la première Tente rouge (lire encadré) de Paris en 2010. Elle en anime une à chaque nouvelle lune. Et organise des cérémonies pour les jeunes filles depuis 2016. « La célébration des premières lunes, précise-t-elle, marquait traditionnellement dans différentes cultures et à différentes époques le passage du monde de l’enfance vers celui des femmes. Les jeunes filles y étaient fêtées. Cette cérémonie reposait sur un regard positif de la menstruation et la joie d’être porteuse d’un potentiel. »

Parole libérée

Pour faire revivre cette tradition, Camille Sfez a aménagé un espace sacré dans la capitale. Dans une cave en pierre dont les courbes évoquent un utérus, des tissus rouges ont été disposés aux murs et au sol. La jeune femme accueille ses visiteuses en brûlant de la sauge, plante reconnue pour ses vertus purificatrices. Et les invite à s’asseoir en cercle autour de quatre éléments : des fleurs qui symbolisent la terre ; un coquillage, l’eau ; une plume, l’air ; et une bougie, le feu. Pour déclencher la parole et nourrir l’imaginaire des adolescentes sur la féminité épanouie, la psychologue fait circuler des images de tableaux de Gustave Klimt ou de Frida Kahlo ou encore des représentations d’Aphrodite, Isis et Marie-Madeleine. « Je leur demande pourquoi elles ont choisi telle ou telle image, ce que cela leur évoque. Puis on se passe à tour de rôle une pelote de laine de couleur rouge et, tout en s’entourant le poignet d’un fil, chacune se présente. »
Suivent des explications sur le cycle menstruel. Camille Sfez livre également des conseils pour « bien vivre son temps des lunes » : par exemple boire de la tisane à base d’ortie, mélisse, sauge et angélique et écrire ses rêves, car on est davantage réceptive lors de son cycle. Elle fait également circuler un bâton de parole afin de permettre aux jeunes filles de partager leur vécu. « Ensuite, pour que chacune crée un lien avec qui elle est profondément, je les amène à visualiser leur utérus et leur demande quel animal veille sur cette grotte sacrée avant de leur proposer de le dessiner. » Enfin, au bout de 2 heures 30 environ, les mamans arrivent et lisent un petit texte à leur fille commençant par ces mots : « Je te reconnais en tant que femme. » Ainsi se noue un lien entre générations autour du féminin et des règles.
L’animal qui veille sur Marie est une licorne. « Je garde un super souvenir de cette cérémonie. Cela m’a apporté un tel réconfort que je ne me suis plus sentie seule. »

Par Aude Raux


Des Tentes de couleur rouge et rose

Les Tentes rouges sont des groupes de parole de femmes qui racontent leur histoire en toute liberté et dans une sécurité émotionnelle. Ces cercles, aussi appelés Moon lodges, sont une référence à une tradition ancestrale pratiquée notamment chez les Amérindiens, selon laquelle les femmes se reconnectaient à elles-mêmes et entre elles le temps de leurs règles. Pendant quatre jours et quatre nuits, à l’abri sous une tente, elles prenaient la parole dans une ambiance bienveillante, tissaient le maillage de la sororité et se reliaient à leur féminin sacré. Elles avaient aussi pour rôle de recevoir et d’interpréter leurs rêves et leurs visions, prémonitoires lors de leur cycle, pour le bien-être de l’ensemble de la communauté.
Pour les jeunes filles, cette Tente se décline en… rose. Eva, 14 ans, a organisé une Tente rose en 2014 : « J’assistais aux Journées des doulas avec ma maman, à Paris. Il y avait des conférences et des ateliers autour du thème de la naissance. Les femmes participaient aussi à des Tentes rouges. Je trouvais ça dommage que ces cercles de parole n’existent pas pour les filles mineures. Ma maman m’a alors encouragée à organiser une Tente rose. » Entourée de huit jeunes filles, Eva a endossé le rôle de gardienne : « J’ai invité chacune à raconter son histoire autour des règles. On a aussi parlé des garçons et des parents ! Après, j’ai mis de la musique et on a dansé et chanté. Ça a créé des liens d’amitié très forts. Et j’ai ressenti plein de joie. »

 



 

 

 

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