Comment respecter le rythme de nos enfants ?

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Dans un monde où tout s’accélère, l’enfance n’est pas épargnée. Alors, comment créer des conditions qui permettent à l’enfant de grandir sereinement, à son rythme, en préservant sa curiosité naturelle et sa capacité de récupération ?

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© Patrick Lazic

Depuis plusieurs années, notamment grâce aux travaux du sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa, on sait que notre époque est en proie à l’accélération. Si cette dernière est bien sûr technique, elle concerne aussi nos rythmes de vie ainsi que le changement social et culturel. Isabelle et Benoît, même s’ils cherchent à conjuguer au quotidien le respect du rythme de leurs trois enfants et leur métier d’artisans biscuitiers en Picardie, le constatent chaque jour : « Malgré nos efforts, les enfants ont souvent l’impression que ça va trop vite. Alors on a diminué leurs activités extrascolaires et, quand ils sont fatigués, ils ne vont pas à l’école et je les garde volontiers à la maison. Il y a même un lit dans notre biscuiterie pour accueillir nos enfants ou ceux de nos employés dans la journée. » Mais comment revenir à un rythme plus naturel ? Existe-t-il d’ailleurs un rythme plus naturel ?

Si l’on regarde du côté de la chronobiologie, on apprend qu’à partir de 4 ans, les différentes fonctions biologiques de l’enfant – veille, sommeil, digestion, sécrétion d’hormones… – sont calées sur un cycle de 24 heures. On parle de rythme circadien. Il existe des moyennes qui peuvent servir d’indicateurs aux parents. Par exemple, selon la National Sleep Foundation, il faut de 9 à 11 heures de sommeil à un enfant entre 6 et 13 ans pour être en pleine forme.

Les chercheurs ont par ailleurs constaté que les performances cognitives suivent également un rythme régulier au fil de la journée 1. Elles augmentent de 9 heures jusqu’à 11 heures environ pour décliner jusqu’à 14 heures, l’heure de la sieste ou des coups de fatigue. L’attention remonte ensuite jusqu’en fin d’après-midi. Un simple coup d’œil à l’emploi du temps de nos écoliers suffit à comprendre qu’on laisse peu de place à leur rythme naturel. Quant à l’heure du coucher, elle se situe en général à 21 heures vers 8 ans et à 22 heures au début de l’adolescence. Attention à la quantité de lumière artificielle reçue par la rétine – télévision, tablette… –, qui retarde la sécrétion d’hormones du sommeil.

Chacun son rythme

Mais, s’il existe des moyennes, les variations individuelles sont parfois énormes, de l’ordre de 2 à 3 heures pour le sommeil, par exemple. De nombreux parents constatent ainsi que leurs enfants sont des chouettes qui veillent tard le soir ou des alouettes qui chantonnent dès l’aube. Une seule solution : observer et s’adapter. Jean-Philippe et Séverine sont parents de Gabriel, 7 ans : « L’enjeu, pour nous, c’est d’essayer de respecter son rythme d’enfant hypertonique. Il dormait déjà très peu étant bébé et il a du mal à rester assis. Le moment du repas est parfois compliqué ! Mais son rythme, c’est ce qu’il est. À nous de respecter cela, même si on l’amène aussi à comprendre que ça ne nous arrange pas toujours. »

Dans tous les cas, la notion de régularité des rythmes est essentielle. En effet, la coupure apparemment salvatrice du week-end induit une baisse de performances le lundi chez les petits écoliers ! Le lundi – pour cause de désynchronisation – et le vendredi – pour cause de fatigue accumulée – sont les moins bons jours pour les apprentissages. Quant au manque de sommeil, il se paie très vite le lendemain : une privation partielle de sommeil sur une seule nuit pour un enfant de 10 à 14 ans suffit à perturber l’apprentissage des tâches les plus complexes et les moins habituelles – tâches de créativité 2.

De l’art de faire rien

Mais ce n’est sans doute pas un hasard si les études portant sur les rythmes de l’enfant sont très souvent en lien avec l’idée d’efficacité et de performances intellectuelles. Cet intérêt traduit sans doute une obsession de notre société pour la « rentabilité » du temps de nos enfants. Une question que pose Odile Chabrillac dans Petit éloge de l’ennui (Jouvence, 2011) : « Le regard que la société porte à l’ennui le connote de manière négative face à un activisme extrêmement valorisé, même si l’activité en question n’apporte rien à l’enfant, si ce n’est de l’occuper (et de lui éviter de nous tourner autour). […] Et si le propre des enfants était de s’ennuyer, justement ? De penser, de rêvasser, de se chercher, de tâtonner sur le chemin de leurs désirs. »

Mélanie et Laurent, parents à eux deux de sept enfants, ont créé un écogîte et une ferme apicole dans le Vercors. La réflexion sur le temps est au cœur de leur organisation familiale. « Nous plaçons les enfants d’abord dans l’emploi du temps, puis nous composons ensuite avec le temps qu’il nous reste. Ce que nous avons réussi ? À laisser une grande place aux imprévus, à saisir les occasions et à prendre les journées comme elles viennent sans trop de pression de résultats. On construit ensemble notre quotidien, au jour le jour. S’il fait beau et que la neige vient de tomber, on va pique-niquer à 3 000 mètres. Parfois, on décide de partir en vacances avec les enfants à la dernière minute, même si on a choisi de respecter les vacances scolaires. Le temps, c’est notre richesse. »

Quelle variation de rythme sur l’année ?

Pensées pour permettre aux enfants de paysans d’aider leurs parents lors des moissons, les « grandes vacances » correspondent au moment de l’année où les enfants ont une énergie maximale. À l’inverse, le manque de lumière en hiver a tendance à faire baisser notre niveau d’énergie. En effet, la lumière du jour, à travers la rétine, agit sur la sécrétion de sérotonine, l’hormone qui nous réveille ! Il serait donc logique de se reposer davantage en hiver qu’en été, même si les rythmes sociaux ne vont pas dans ce sens. Si vous le pouvez et si vos enfants en éprouvent le besoin, laissez-les réduire leurs activités quand les jours sont courts. Sinon, vous pouvez leur proposer des balades au grand air régulières pour que la lumière leur donne un petit coup de fouet !

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La journée idéale à 8 ans

Voici quelques indications pour organiser la journée de votre enfant selon son rythme, même si rien ne remplace l’observation attentive.

  • Vers 7 h-7 h 30 : dring ! Le corps est déjà prêt au réveil grâce au pic de cortisol qui mobilise l’énergie.

  • 9 h-10 h : l’attention augmente tranquillement. Si votre enfant peut profiter de la lumière du jour – balade en plein air –, il sera plus en forme le reste de la journée.

  • 10 h-11 h : c’est le pic de vigilance. La mémoire à court terme fonctionne au mieux. Place au travail cérébral !

  • 12 h-12 h 30 : à table ! Un repas complet et partagé permet de reprendre des forces.

  • Vers 14 h : temps calme. Les apprentissages ou les activités physiques sont à éviter.

  • Entre 15 h et 16 h 30 : la mémoire à long terme est efficace. C’est le moment d’apprendre ou de réviser.

  • Vers 17 h : c’est l’heure des activités physiques, car les capacités sensorielles et motrices sont au maximum.

  • Vers 19 h-20 h : à table ! Préférez un repas pauvre en graisses, qui sera mieux digéré et n’entravera pas l’endormissement.

  • 21 h : au lit !


1 Lire à ce sujet la publication collective Les Rythmes de l’enfant, Inserm, 2001

2 Randazzo et al, « Cognitive function following acute sleep restriction in children ages 10-14 », Sleep, 1998

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© Kaizen (tiré du hors-série 7) construire un autre monde… pas à pas

 


Lire aussi : « L’enfant n’est pas un être de pulsions, l’enfant est un être habité de besoins » Isabelle Filliozat

Lire aussi : L’éducation à la finlandaise

Une réponse

  1. MMS JEAN

    j AI 70 ANS et ai élevé 5 enfants seules … j aurais bien aimé lire ca dans le temps mais je le partagerai avec d autres jeunes mamans les miennes n en veulent pas car ns n avions pas eu d aide du papa … cependant …. ils s aiment bien et moi aussi … l amour traverse bien des épreuves mais c est payant car …. le soleil luit dans leur cœur … merci de transmettre vos connaissances …..xxx

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