Les plaisirs du poulailler collectif

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A Sergeac, petite commune du Périgord Noir, les habitants du lieu-dit du Tillou se sont lancés dans un projet créateur de lien : la gestion d’un poulailler collectif. Débuté en 2011, il s’inscrit dans une envie d’air frais et de nourriture saine.

poulallier collectif 1

De bonnes bases pour des poules heureuses

« Nous sommes 12 à 15 voisins, chacun de nous a exposé ce qu’il souhaitait au début. Nous avons en priorité évoqué l’envie d’œufs de provenance locale, frais et bio », raconte Thierry Chapin, membre du collectif du poulailler et agitateur local de bonnes idées. Chacun est responsable et propriétaire d’une poule au minimum, tous s’occupent des gallinacées à tour de rôle pendant une semaine. La structure du poulailler, hébergé chez une des voisines, est simple : des planches, des casiers en bois et des branches en guise de perchoirs. Une caisse commune finance le grain bio acheté à un paysan local. « L’investissement annuel est vite rentabilisé : pour la construction du poulailler nous n’avons dépensé que 95 euros de grillage, tout le reste a été fabriqué en matériaux de récupération glanés ça et là. Les poules ont été achetées par leurs propriétaires au prix moyen de 10 euros chacune. Chaque année nous partageons les dépenses d’environ 210 euros pour 600 kilos de grain (blé et maïs mélangés) et une trentaine d’euros pour les rares traitements antiparasites. La litière se compose de cendre (recyclée de nos poêles) et d’un peu de paille (15 euros la botte pour deux ans). On estime que le prix de nos œufs, comparé à ceux du commerce, est divisé par 6 ».

L’engagement n’est pas contraignant : 5 minutes pour sortir les poules le matin, 3 minutes pour les rentrer le soir, 5 minutes pour collecter les œufs et une fois par semaine un peu de temps pour rafraîchir la litière. « L’organisation est souple. Il faut juste être prêt à se lever le matin, car les poules vivent au rythme du soleil. »

Pour se coordonner, le groupe utilise un agenda partagé sur internet, un système moderne et utile. En fin de semaine si nécessaire, la personne responsable envoie un compte-rendu et un état des stocks de nourriture. « On ne mange plus les œufs de la même façon ! Ils sont meilleurs et plus nourrissants que ceux du supermarché. Le jaune est plus orangé,car les poules courent et sont nourries au grain bio. On trouve toutes les nuances et formes, selon les pontes. En prenant soin de nos animaux, on devient plus respectueux de leurs œufs ».

Du besoin individuel au consensus collectif

Si les voisins s’entendent bien, il leur arrive d’avoir des désirs différents. « C’est amusant, chaque poule a un caractère particulier, elle ressemble à son propriétaire », plaisante Thierry. Certains sont absents une partie de l’année et s’occupent des poules à leur retour. D’autres sont ennuyés à l’idée que les œufs soient fécondés. « Pourtant, il nous fallait un coq. Il tranquillise les poules, qui pondent mieux en sa présence. Il les prévient s’il y a un prédateur, comme un chien ou un renard. Il mange le grain en dernier, c’est un vrai gentleman ! Nous pensons avoir fait un choix plutôt judicieux pour limiter les fécondations : un petit coq et de grandes poules ».

Se pose la question des poules à la retraite. Le problème n’est pas tant de les garder que de s’assurer de leur bien-être : « Il y a une hiérarchie sociale forte chez les poules, celles qui ne pondent plus peuvent être mises à l’écart. On a décidé de faire une sorte de maison de retraite, en gardant les poules âgées. On verra comment se passent les choses, elles n’ont pour l’instant que 3 ans ». Si des poussins viennent à naître, le collectif les conserve pour avoir de nouvelles poules, mais aussi pour le bonheur des enfants : « ils les adorent ! Ils se promènent avec eux, leur lisent des histoires… ».

L’expérience du groupe

Les voisins du Tillou sont très occupés par leurs familles et activités respectives. Grâce au poulailler, ils ont quelque chose de concret à partager. « Le dimanche, on se retrouve souvent pour partager le dîner. Si au début nous n’étions là que pour les œufs frais, aujourd’hui c’est le lien social qui est devenu important pour nous ». Quand un problème se présente, comme l’indisponibilité ou le déménagement d’un voisin, ils se réunissent pour trouver des solutions. « On a besoin d’au moins 3 personnes responsables, donc 6 personnes pour que la gestion du poulailler tourne en continu. En deçà, on perd l’intérêt du collectif ».

Thierry, producteur audiovisuel,  utilise ses connaissances professionnelles pour partager cette initiative : « On a tourné un petit film pour donner à d’autres l’envie de nous imiter. Il est consulté plus de 60 fois par jour, cela montre bien qu’il y a une demande, des recherches… Un poulailler s’adapterait bien à la vie d’un village. Les poules sont attachantes, il est facile de s’en occuper. Cela plaît et convient aux personnes âgées comme aux enfants ».

 

Formule pour un poulailler collectif aux œufs d’or

Pour devenir un papa ou une maman poule, rameutez vos voisins et suivez le guide !

1- Faire une étude de marché

  • Qui autour de moi serait partant pour se lancer dans le projet ?
  • Sommes-nous suffisamment nombreux pour mettre en place une rotation homogène des semaines de soin aux animaux ?
  • La municipalité est-elle ouverte à ce genre de projet ? Certaines réglementations, en particulier dans les villes et les lotissements, limitent les élevages de basse-cour à cause des nuisances sonores et olfactives.

2- Organiser des réunions d’information

  • Quelles sont nos priorités, nos attentes ? Les poules ont besoin de soins quotidiens, il faut que la rotation soit effective tous les jours de l’année.
  • Combien d’œufs voulons-nous ? Une poule pond un œuf tous les 1 à 2 jours, parfois plus au printemps mais la ponte peut s’arrêter ou ralentir en hiver. Cela dépend des races et de leur âge.
  • Quel investissement (temps, argent) pouvons-nous dégager individuellement ? Plus on est nombreux, moins on y passera de temps.
  • Sommes-nous d’accord au sujet de la nourriture (bio ou pas), des vaccins (ou non), du type de médication (antibiotiques, vermifuges, ou bien médecines douces), des poules en fin de vie (les manger ou pas) ?

3- Réfléchir et concevoir le poulailler

  • Penser à l’installer à proximité de tous les domiciles des participants pour qu’ils s’y rendent facilement matin et soir.
  • Quelle conception ? On trouve des plans gratuits sur internet, l’ouvrage peut se faire en matériaux de récupération. On peut en acheter un tout prêt à poser en jardinerie mais ils sont souvent onéreux (600 euros en moyenne).
  • Qui se chargera de le construire ? Déterminez une caisse commune pour les achats éventuels de matériaux (il est important que le grillage soit en bon état).

4- Trouver des locataires à plumes

  • Combien de poules par personne ? Une poule coûte entre 6 et 25 euros, en fonction des races.
  • Quelles races de poules préférons-nous ? Choisissez selon la taille, forme, productivité, allure… Certaines sont plus affectueuses que d’autres, qui aiment davantage l’indépendance. Vous pouvez les mélanger !
  • Où trouver nos poules ? Fermiers/éleveurs, particuliers ou jardinerie ? (voir encadré pour les poules réformées).
  • Coq ou pas ? Il sécurise les poules, c’est le roi de la basse-cour. D’un autre côté, il chante et vous risquez d’avoir des œufs fécondés (indispensables si vous voulez des poussins !).

5- Entretenir et bichonner

  • Comment organiser les soins ? Organiser une rotation par semaine ? Par jour ?
  • Quel mode d’organisation nous convient le mieux ? Agenda sur internet ? Calendrier mensuel ? Tableau accroché au poulailler ? Les poules sont des animaux grégaires et routiniers, qui ont besoin d’un rythme régulier pour se sentir bien.
  • Si nécessaire, installez un système de compte-rendu ou un tableau à colonnes à cocher pour n’oublier aucune tâche quotidienne.

6- Se rassembler autour du butin

  • Quand distribuer les œufs ? Trouvez un moment pour vous réunir tous ensemble (au moins les premiers mois) et partager les œufs. Vous pouvez les cuisiner autour d’un dîner en commun ou vous échanger des recettes.
  • Faites un bilan tous les trimestres, pour vérifier les aspects positifs et négatifs du poulailler et vous assurer que l’expérience est toujours positive pour chacun des membres.

Pour aller plus loin

Deux livres pour bien débuter :

J’élèverais bien des poules !, Michel Audureau et Patricia Méaille, éditions Terre Vivante

Je veux des poules, Patricia Beucher, Larousse

Un livre pour s’organiser en collectif :

Les nouveaux collectifs citoyens : Pratiques et perspectives, Ivan Maltcheff, éditions Yves Michel

Par Nathalie Jouat

10 commentaires

  1. Hennequin

    bonjour,
    est ce possible d’avoir les coordonnées d’une personne responsable de ce poulailler pour lui poser qques questions ?
    Merci

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    • hetzel

      Bonjour,
      C’est chez moi qu’a été fait ce poulailler, je veux bien répondre à vos questions.
      C’est ma fille avec sa poule dans les bras.
      Avec mes meilleures pensées.
      Sylvie

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      • Pierre

        Bonjour,

        Je suis également très intéressé pour réaliser un poulailler associatif dans la Drôme et je souhaiterais vous posez quelques questions supplémentaires pour éclairer mon projet !

        Cordialement,

        Répondre
      • Joris

        Bonjour Sylvie,

        Je suis également très intéressé pour un retour d’expérience sur votre belle aventure! Je suis en charge d’un blog qui traite du sujet de la poule et j’aimerais beaucoup faire profiter d’un retour d’expérience sur ce beau projet. Serait-il possible de me contacter par email afin d’en discuter ?

        Merci d’avance!

        Joris

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      • Elsa

        Bonsoir,
        nous sommes entrain d’installer un poulailler partagé au sein de notre village et réfléchissons actuellement aux statuts et réglement intérieur. Pourriez vous nous transmettre une copie de votre réglement intérieur pour nous aider? Cordialement, Elsa

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  2. Huchet Guy

    Bonjour
    Merci de nous présenter votre expérience.
    Nous aimerions parler de poulailler collectif lors d’un troc plante organisé par notre petite association.
    Est-il possible d’avoir une copie de votre vidéo ?
    Je n’ai pas su la télécharger.
    Nous avons commencé d’écrire des règles pour bien mettre en place ce type d’expérience. Avez vous un règlement intérieur d’organisation?
    Merci de vos conseils.
    Bonne journée

    Guy Huchet

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  3. Guérin

    Motivée pour la création d’un poulailler collectif.
    Mais impossible de visionner votre document vidéo.

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  4. isabelle

    bonjour
    Merci beaucoup pour toute ces informations, grâce à vous et votre volonté de mettre en ligne votre projet et de l’expliqué, un poulailler collectif à vue le jour dans notre commune.
    C’est réellement grâce à votre méthodologie que nous avons construit notre propre projet.
    Bravo et merci
    Les poulettes de Barci

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  5. Nicole

    Bonjour,

    Merci pour ce partage. Je souhaiterai lancer un projet similaire dans mon quartier. Pourriez-vous me transmettre quelques informations: taille du poulailler, nombre de poules, mais surtout, organisation avec les membres?

    D’avance, merci,
    Nicole

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