Faut-il suivre le modèle suédois ?

Dans Kaizen 12 (janvier/février 2014) nous nous interrogeons sur le modèle suédois. Nous complétons notre enquête avec ces éléments.
Retrouvez l’intégralité du dossier dans le magazine papier.

Texte Cecile Cros et Marie Lescroart

Après des années de réformes, la Suède s’est hissée au rang de pays exemplaire dans sa politique environnementale et sociale. Le modèle suédois a ceci de particulier qu’il combine une société où le bien-être social et éducatif est prioritaire et très largement financé par l’Etat, avec une économie de marché décomplexée. Le pays est également l’un des plus paritaires au monde, grâce à une volonté politique de fer talonnée par une société très impliquée. Depuis le sommet de la terre en 1972 à Stockholm, le gouvernement suédois n’a cessé d’imaginer puis de développer d’ambitieuses politiques énergétiques et de gestion durable des espaces naturels et des villes – dont certaines se classent parmi les plus performantes au monde. La décentralisation des pouvoirs vers les municipalités a en partie contribué à ces réussites. La Suède fait aujourd’hui partie des rares pays à avoir dépassé les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’elle s’était fixés en 1990.

La Baltique en bon état, un horizon lointain

Remarquable par la variété de ses écosystèmes et sa richesse en espèces, comme par le flot de polluants auxquels elle est soumise, la mer baltique est un cas d’école pour la gestion du milieu marin. « Dans les années 1970, les cris d’alarme des organisations de protection de l’environnement ont commencé à être entendus », raconte Gunnar Norén, secrétaire général de la coalition « Baltique propre », un regroupement international d’ONG. « La Suède et la Finlande ont a alors joué un rôle pionnier dans sa protection. » Avec près de 2000 kilomètresde côtes donnant sur cette mer semi-fermée, la Suède est particulièrement concernée par les conséquences de la pollution chimique, de l’eutrophisation (enrichissement excessif en matière organique) et de la surpêche qui la menacent. Maiselle ne peut agir seule : le bassin de la Baltique reçoit en effet les effluents de neuf pays (1) et de 80 millions de personnes. A Helsinki, en 1974, sous l’impulsion de la Suède et de la Finlande, ces derniers ont donc signé une « convention de mer régionale (2) » censée assurer le retour du milieu marin à un bon état écologique d’ici 2021, à travers un « plan d’action pour la Baltique ».

« Globalement, la situation s’est un peu améliorée en ce qui concerne les polluants chimiques, résume Gunnar Norén. Des produits comme le DDT ou les PCB (3), ont en effet été interdits, et leur quantité dans l’environnement a commencé à décliner. Les populations de phoques et de morues ont commencé à remonter et les épisodes de fortes mortalités d’oiseaux de mer sont moins fréquents. Mais de nombreux problèmes subsistent. »

L’un des plus aigus demeure le taux de phosphore et de nitrates dans l’eau. Si les ports de la Baltique ont joué le jeu, en organisant la mise à disposition gratuite de dispositifs de traitement des effluents domestiques des navires, la source principale d’euthrophisation reste l’agriculture. Or des désaccords existent quant aux objectifs à fixer en termes d’apports de nutriments dans le milieu marin par ce secteur d’activités. Autre problème de la Baltique : la surpêche. « Cette activité est une prérogative de l’Union européenne, beaucoup trop laxiste en matière de quotas », estime Carl Lundin, responsable du programme « Océan global » de l’Union internationale pour la protection dela nature. Letrafic maritime, en croissance continue, met par ailleurs la Baltique à la merci d’une catastrophe maritime. « Deux-mille navires chargés d’hydrocarbures quittent chaque jour le terminal pétrolier de Saint-Petersbourg, direction l’Atlantique », précise Gunnar Norén.

Alors que la Baltique est encore loin du « bon état écologique », le changement climatique s’ajoute aux menaces. « Cette nouvelle donnée devrait nous pousser à être plus ambitieux dans nos objectifs », estime Gunnar Norén. Le jeu en vaut la chandelle : le coût annuel de sa restauration est estimé à la moitié de ce qu’elle rapporte en termes de services écosystémiques.

  1. Suède, Danemark, Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Russie, Pologne, Allemagne
  2. Convention d’Helsinki gérée par la commission Helcom
  3. DDT : dichlorodiphényltrichloroéthane. Utilisé comme insecticide ; PCB : polychlorobiphényle. Utilisés comme isolants électriques. DDT et PCB sont des « polluants organiques persistants ». Ils s’accumulent dans les tissus gras des animaux, et se concentrent à chaque niveau de la chaîne trophique.

Interview d’Herman Lindqvist, historien (1)

Kaizen. La gestion des écoles par les communes est-elle une bonne chose ? Ne pensez-vous pas qu’une commune plus riche réussira mieux sa gestion qu’une commune plus modeste – et de ce fait attirera plus d’enfants, au détriment des autres écoles ?

Herman Lindqvist. Oui. Il est certain que des communes riches vont développer de meilleures écoles. On peut donc constater aujourd’hui que les écoles sont différentes sur ce plan-là. Des enfants qui viennent de quartiers privilégiés où les parents ont une meilleure éducation vont dans les écoles qui ont de meilleurs résultats. A mon avis, ce système ne reflète pas toujours l’esprit égalitaire prôné par notre pays.

K. Que pensez-vous de la rémunération à la performance des professeurs ?

H.L. Les salaires et le statut des enseignants ont été assez bas pendant longtemps. Je pense que ce système peut leur être avantageux.

K. Que pensez-vous de la multiplication des écoles privées, gérées de manière lucrative ?

H.L. Cela a des avantages et des inconvénients. Les inconvénients sont que certaines sociétés privées ont investi dans des écoles avec un objectif de profit. Du coup, elles cherchent à recruter des élèves payant, quel que soit leur niveau. La qualité de l’enseignement dans ces établissements peut alors en pâtir. Or, d’autres entreprises ont créé des écoles spécialisées qui n’auraient pas existé sans elles, comme les écoles confessionnelles (3) ou les écoles spécialisées pour les enfants présentant des handicaps ou des retards.

K. Le système éducatif exemplaire de la Finlande a-t-il inspiré la Suède ? Inversement la Suède a-t-elle inspiré la Finlande ?

H.L. En Finlande, les enseignants sont mieux reconnus et leurs salaires sont plus élevés qu’en Suède. C’est une chose que l’on n’a pas réussi chez nous. De plus, il y a davantage de discipline dans les écoles finlandaises. Nous avons encore des progrès à faire dans ce domaine-là aussi. Du côté finlandais, la Suède n’a pas été un modèle, plutôt un champ d’expérimentation, dont les finlandais n’ont pas voulu s’inspirer à chaque fois qu’ils ont engagé des réformes !

K. Quels sont d’après vous les grands chantiers de demain dans le système éducatif de votre pays ?

H.L. En plus du statut et des salaires des enseignants, il faut aussi que leur niveau de formation universitaire soit plus élevé. Le niveau actuel est faible et donc ce ne sont pas toujours les meilleurs étudiants qui postulent et cela peut avoir des incidences sur la qualité de l’enseignement à l’école.

  1. Journaliste et historien de renom. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages dont « Histoire de la Suède » écrite entre 1992 et 2002 (Historien om Sverige), un best seller dans le pays.

L’exemple de Växjö

Växjö est une ville exemplaire pour l’Europe, la Commission européenne lui a décerné dès 2007 le premier Prix de l’énergie durable pour l’Europe.

 

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