Les Gardiens de semences poussent dans les lycées

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Les semences sont en danger ! Et comme il n’est jamais trop tôt pour être sensibilisé à la cause, l’association Plante & Planète a lancé les ateliers “Gardiens de semences” auprès de collégiens et lycéens franciliens. Pour assurer un meilleur avenir à la biodiversité, les intervenants tentent de recréer du lien entre les adolescents et le monde végétal. Reportage au lycée Saint Nicolas à Igny (91).  
Gardiens de semences

Le jardin pédagogique du groupe scolaire Saint Nicolas s’étend sur un campus de près de six hectares © Sabah Rahmani

« Alors, qui est le soleil ? » D’un seul mouvement, les dix adolescents regardent la petite carte plastifiée que l’on vient de leur distribuer. Sur chacune d’elle, un mot : sol, salade, limace, poule, air, eau, canard, mare, arbre fruitier et soleil. « C’est Adam, madame ! », lance l’un d’eux en réponse à Laurence et Marion de l’association Plante & Planète. En cet après-midi ensoleillé, les deux intervenantes animent un atelier « Gardiens de semences » auprès de la 3e professionnelle agricole de l’ensemble scolaire Saint-Nicolas à Igny (91). Le but ? Sensibiliser les jeunes à la nécessité de protéger les graines, pour assurer le maintien de la biodiversité.

« Qui a besoin du soleil ?», reprend Laurence en regardant Adam, placé au centre d’un cercle formé par ses camarades. « La salade ? », répond-il. « Ok, alors qui a besoin de la salade ? — La limace. ». Chaque élément cité, dont la carte est détenu par un lycéen, est ainsi relié à l’autre par le fil d’une bobine pour symboliser leurs liens dans la nature.  « Imaginons maintenant que l’on déverse un polluant dans l’eau. Qui sera atteint et devra lâcher la corde ? », demande Laurence. « Tout tombe, s’exclame François, car tout le monde a besoin d’eau pour vivre ! » La ficelle, toute enchevêtrée, désormais lâchée par les dix paires de mains, s’étale au sol. « Dans un écosystème, tous les éléments sont liés les uns aux autres. Tous doivent donc être protégés », conclut l’intervenante, le ton pédagogue.

Créée en 2007, l’association sensibilise le grand public aux menaces pesant sur les plantes et insiste sur la nécessité de protéger, voire recréer le lien vital qui unit l’Homme au végétal. Plante & Planète a ainsi été choisie début 2017 par la Région Île-de-France pour animer des ateliers dans divers établissements éco-responsables, de la 4e à la Terminale. « Quand on interroge les jeunes auprès desquels on intervient, ils pensent en premier lieu à l’aspect décoratif des plantes », souligne Laurence, coordinatrice du projet. Mais au fil des animations la prise de conscience évolue.

Gardiens de semences

Guidés par Laurence, les adolescents reconstituent un écosystème, grâce au jeu de la ficelle. ©Sabah Rahmani

Éveiller la curiosité sur la protection des graines

L’atelier s’inscrit ici dans une démarche plus globale de l’établissement scolaire, qui vise à développer une pratique plus respectueuse de l’agriculture. « De nombreux projets sont mis en place dans les différents cours pour faire réfléchir sur le développement durable », explique Nathalie Pondaven, la documentaliste de l’établissement, présente lors de l’atelier. « On nous a beaucoup parlé de réchauffement climatique et des énergies renouvelables en classe, de nombreux intervenants sont venus », ajoute Guillaume, 14 ans, qui veut devenir menuisier.

Et si les adolescents avouent ne pas être sûrs de tout retenir de l’atelier, les deux bénévoles restent optimistes : « Au collège et au lycée, les jeunes commencent à réfléchir à l’avenir, ils se projettent et font preuve d’une certaine curiosité. Ce n’est pas que l’âge ingrat », détaille Laurence avant de concéder, en riant que « ça se passe bien, même s’il faut parfois leur tirer les vers du nez ! Lors de notre intervention dans un lycée à Gonesse, on a fini par réaliser que la moitié des élèves avait un potager ! » Comme pour lui donner raison, Adam confie se sentir « concerné et responsable, car notre génération,  c’est l’avenir ! »

Alors, durant toute l’après-midi, au son des tondeuses et dans une odeur d’herbe coupée, Laurence et Marion multiplient les activités et stimulent au maximum la réflexion du groupe, en les interrogeant : Comment économiser de l’eau ? Pourquoi les insectes sont importants ? Pourquoi les plantes sont-elles essentielles ? Dans un coin ombragé des six hectares du campus, en face des serres pédagogiques, Marion, chargée de projet en service civique au sein de l’association, initie les adolescents à la permaculture : une notion totalement méconnue du petit groupe. « L’éthique de ce mouvement, c’est de prendre soin de la Terre et des humains, en cultivant autrement, grâce à des méthodes qui s’inspirent de la nature. C’est aussi comprendre que tout ne tourne pas autour de l’Humain. »

Gardiens de semences

Des carrés potagers sont entretenus, près des serres, par la 3e professionnelle agricole. ©Sabah Rahmani

Une grainothèque au CDI

L’atelier de sensibilisation veut aussi susciter l’action. « Notre objectif est d’initier un réseau de lycées « Gardiens de semences », affirme Laurence. L’établissement Saint-Nicolas, labellisé « éco-lycée » depuis sept ans semble être un bon candidat. D’ailleurs, Nathalie Pondaven, a mis en place avec la classe de 3e agricole un projet de grainothèque. Citronnier sauvage, séquoia géant, cèdre de l’atlas ou flamboyant de Martinique : les graines ont été récoltées par les adolescents dans l’arboretum du campus ou envoyées, pour certaines, de l’étranger.

De retour dans une salle de classe, l’atelier se finit en abordant la question des OGM – « pas des vraies plantes ! », lancent des voix – et du brevetage du vivant. Car, comme le rappelle Marion, la protection des semences est indispensable à une biodiversité florissante. « En récoltant et en choisissant les meilleurs plantes depuis 12 000 ans, l’Homme a entraîné une perte de la biodiversité. Il y a 100 ans, il y avait 400 variétés de tomates. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 70. » Les deux jeunes femmes repartent en laissant pour la grainothèque, deux graines de haricots mange-tout et borlotto. Une expérience positive et essentielle pour Nathalie Pondaven : « Il faut faire réfléchir les jeunes, mais aussi les faire agir, car c’est en les faisant devenir acteur qu’ils pourront transmettre leurs connaissances. Et que les idées vont germer. »

 

Par Laure Hänggi

© Kaizen, construire un autre monde, pas à pas

 


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Pour aller plus loin

Les semences, un patrimoine vital en voie de disparition, de Pierre Rabhi et Juliette Duquenes (Châtelet,2017)

2 commentaires

  1. Aline

    Bonjour Kaizen, j’ai 13 ans et je me demandais si l’association passait aussi dans le 95 ou comment les contacter, car si c’est le cas, ce serai bien que l’association passe dans notre collège pour sensibiliser les élèves (ça ne peut qu’être bénéfique!).
    Vos articles sont supers, et j’espère pouvoir vous aider en donnant mes gouttes sur lilo!
    Cordialement

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    • Kaizen, média positif

      Bonjour Aline, merci pour votre enthousiasme et votre soutien !
      Nous sommes ravis que nos articles vous inspirent et sèment des graines en vous. Bravo !
      Vous pouvez contacter l’association de notre part sur le mail suivant
      bonjour@planteetplanete.org
      Bonne continuation !

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