Jouez la carte de la convivialité aux soirées jeux Ludiney !

Un samedi par mois, la soirée jeux Ludiney fait recette au café littéraire associatif Le Petit Ney, à Paris. Au programme : des jeux de société bien sûr, mais aussi des grands moments de partage et de convivialité. Et si le jeu était l’une des clefs du vivre-ensemble ? Reportage.

soirées jeux ludiney

En pleine partie de Discoveries au Petit Ney – © David Tissot/Ludollectif

Il est 20 heures 30, samedi 10 décembre, au café littéraire associatif Le Petit Ney – situé dans le 18e arrondissement de Paris, à quelques pas du périphérique –, et la soirée jeux Ludiney bat son plein. Ici, entre 15 et 45 curieux de passage et joueurs invétérés se retrouvent un samedi soir par mois pour s’amuser, se changer les idées, passer un moment convivial, se cultiver ou simplement jouer ! Au centre de la salle, une table sur laquelle sont exposés la trentaine de jeux de société disponibles ce soir : Tasso, Munchkin Zombies, Manchots barjots… Autour, des groupes de joueurs et de joueuses, certains concentrés sur le plateau comme s’ils passaient un examen, d’autres riant aux éclats, cartes en mains, ou encore dînant tranquillement avant d’entamer une nouvelle partie. La scène n’est pas sans faire penser aux propos de Catherine Dumonteil-Kremer dans son livre Jouons ensemble… autrement (La Plage, 2007) : « Si la vie était une vinaigrette, le jeu en serait probablement la moutarde, c’est un puissant liant ! »

Des soirées jeux ouvertes à tous

Le principe de ces soirées est simple, dans une volonté d’ouverture sur l’autre : à partir de 12 ans, chaque personne souhaitant participer paye 1 euro symbolique. Une trentaine de jeux de société, qui varient à chaque fois, sont proposés : certains font partie du « fonds ludique » du Petit Ney, une dizaine sont loués à Planète Jeux, la ludothèque du quartier, et le reste sont des jeux nouveaux prêtés par des éditeurs désireux de les faire tester par des joueurs. Des animateurs du Petit Ney et de l’association partenaire Ludollectif ont pris connaissance de toutes les règles en amont et sont donc à même d’aiguiller les joueurs dans leur choix selon leurs envies et de leur expliquer les consignes. Véritables chefs d’orchestre de ces rencontres, c’est aussi eux qui seront par exemple susceptibles d’intégrer à un groupe une personne venue seule.
Chacun est également libre de faire découvrir un jeu qui lui plaît. C’est ce qu’a fait Christiane, une habituée de Saint-Ouen : « J’ai acheté la boîte de jeu Coluche après avoir visité l’exposition * qui lui est consacrée à la mairie. Je me suis dit que j’allais l’apporter ici pour partager avec les autres. » En attendant que deux autres copines la rejoignent, elle entame une partie de Blokus avec Sandrine. Les deux amies ne manquent jamais une soirée Ludiney. Elles viennent ici pour « découvrir de nouveaux jeux et les acheter par la suite si le concept [leur] plaît », mais aussi pour « se détendre » et « se retrouver ». Et, pour Luc Colas, médiateur culturel chargé du jeu au café littéraire Le Petit Ney, c’est bien là l’un des objectifs de ces rencontres : « Le jeu n’est pas une fin en soi, mais un outil pour tisser du lien social, lutter contre l’isolement et développer certaines valeurs. » D’ailleurs, depuis septembre 2016, des rencontres autour du jeu ont été mises en place avec les jeunes du foyer Relais 18 hébergement, situé à quelques rues. Le but étant à terme d’aider ces adolescents ou jeunes adultes en difficulté à s’autonomiser en les encourageant à venir d’eux-mêmes et sans leurs éducateurs aux soirées Ludiney.

Le Petit Ney Ludiney jeux

Un après-midi jeux au café littéraire associatif Le Petit Ney – © David Tissot/Ludollectif

Le Petit Ney : une véritable culture du jeu

Les premières soirées jeux du Petit Ney ont été organisées dans les années 2000, à l’initiative de la ludothèque Planète Jeux. Quand cette dernière en a cessé l’animation, quelques aficionados devenus « accros » ont décidé de s’organiser pour perpétuer ces soirées. Ainsi est née l’association Ludollectif, en 2012, avec pour objet de « faire jouer et se retrouver », précise son secrétaire, Régis Grateau. Et, pour toucher un public le plus large possible, différentes actions sont mises en place au Petit Ney : si les soirées Ludiney sont plutôt dédiées aux grands adolescents et aux adultes, les mercredis à partir de 15 heures ont lieu des cafés jeux destinés à tous à partir de 3 ans. Quand le temps le permet, les tables s’étalent jusque sur le trottoir de l’avenue de la Porte de Montmartre, afin de donner envie aux passants de se prendre au jeu eux aussi. Par ailleurs, un espace jeunesse – le Poussiney – pourvu en livres et jeux pour tous les âges, est ouvert l’après-midi du mardi au vendredi. Enfin, pour les experts prêts à apprendre les règles d’un jeu pendant parfois plus de 30 minutes et à faire des parties qui peuvent durer une demi-journée, le Ludollectif organise des après-midi « gros jeux » un dimanche par mois.

Se découvrir et découvrir les autres autour de la table de jeux

« Même si on ne parle pas beaucoup pendant un jeu, mine de rien, des relations s’établissent. » En bon observateur, Luc Colas a pu constater que les joueurs construisent autre chose qu’un monde virtuel autour du plateau. Ce que confirme Régis Grateau : « C’est une manière de prendre du temps dans un monde qui va très vite, d’apprendre à se connaître soi-même sur certains jeux et de nouer des relations durables. » Il se rappelle notamment d’une mémorable partie de Fief – un jeu qui mélange stratégie et diplomatie et dont le but est de gagner le contrôle de certains… fiefs –, qui a imprégné son quotidien durablement : « Plusieurs jours après, on continuait de faire des références à cette partie dans nos conversations ! »
Charline, habitante du 18e arrondissement, et son compagnon Olivier, membre du Ludollectif, sont également des réguliers des soirées jeux. Ce soir, ils s’apprêtent à tester un jeu conseillé par Régis au nom qui fait voyager : Bora Bora. Olivier admet volontiers que « les jeux en général [l]’ont transformé » et que les frontières avec la vie réelle sont perméables. Pour Charline, le Ludiney est aussi l’occasion de découvrir les autres activités proposées par Le Petit Ney : cours de cuisine, ateliers d’écriture, Amap… Elle apprécie surtout que le public soit « non homogène socialement ». Seul problème, avec Olivier, ils « n’aime[nt] pas les mêmes jeux ! » Leur terrain d’entente, ils l’ont trouvé dans les jeux coopératifs, dans lesquels tout le monde gagne ou tout le monde perd : « On discute, on réfléchit ensemble, c’est très positif ! », s’enthousiasme Charline.
Mais, jeu compétitif ou coopératif, le plus important, pour que le plaisir soit là, c’est de garder à l’esprit, comme l’explique Régis Grateau, qu’« il n’y a pas d’enjeu dans le jeu. On peut gagner, mais, si on échoue, on peut recommencer. » Alors… prêts à vous prendre au jeu du Petit Ney ?

* À l’hôtel de ville de Paris, jusqu’au 14 janvier 2017.


Prochaines soirées Ludiney : samedis 14 janvier, 18 février, 18 mars, 29 avril et 10 juin 2017 de 18 h 30 à 23 h. Sans inscription préalable.

Le Petit Ney
10, avenue de la Porte de Montmartre
75018 Paris

Renseignements : 01 42 62 00 00
lepetitney.fr


Quatre jeux coopératifs recommandés par Luc Colas et Régis Grateau

Mysterium (Libellud, 2015, à partir de 10 ans) : As d’or-Jeu de l’année 2016
Dans ce jeu d’enquête coopératif, tous les joueurs – qui sont soit fantôme soit médium – œuvrent dans un même dessein : découvrir la vérité sur la mort du fantôme qui hante le manoir et lui apporter la paix ! Les joueurs fantômes aident les joueurs médiums à progresser dans leur enquête.

Codenames (Iello, 2016, à partir de 12 ans) : coup de cœur des joueurs du Petit Ney !
Ce jeu compétitif peut être joué en mode coopératif si les joueurs décident d’affronter un adversaire imaginaire. À travers des associations d’idées, vous devez trouver sous quel nom de code se cachent les Informateurs, tout en évitant de tomber sur le terrible assassin !

Pandémie (Filosofia, 2008, à partir de 14 ans)
Toute l’équipe parcourt le monde afin de lutter contre quatre maladies mortelles. Le temps presse, car la propagation s’accélère ! Trouverez-vous les remèdes à temps ?

Conan (Monolith, 2015, à partir de 14 ans)
Ce jeu à l’esprit graphique proche de celui des comics a été réalisé par des artistes et respecte au maximum l’esprit de l’œuvre de Robert E. Howard. Il est semi-coopératif, c’est-à-dire que plusieurs joueurs en affrontent un seul. Vous pourrez jouer différentes scènes, un peu à la manière d’un jeu de rôle. Son prix est un peu élevé (presque 90 €), mais les amateurs du Petit Ney affirment que le jeu en vaut la chandelle…


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Diane Routex

© Kaizen, construire un autre monde… pas à pas

 


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