La joie de recycler au travail

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Et si recycler au travail devenait un jeu d’enfants ? Des boîtes colorées, des règles simples, des messages sympathiques, un suivi régulier et aucune contrainte de collecte : Les Joyeux recycleurs proposent en région parisienne une solution efficace pour répondre au casse-tête des entreprises, désormais soumises à une nouvelle loi sur le recyclage.

recycler au travail

© Sabah Rahmani / Kaizen

Dans son bureau niché au milieu des hangars froids de la porte d’Aubervilliers à Paris, Fabien de Castilla réchauffe l’atmosphère avec un enthousiasme qui semble lui coller à la peau. Co-fondateur en 2013 de l’entreprise Les Joyeux recycleurs, aux côtés de Gilles Rouverand, ce trentenaire à la silhouette élancée prend plaisir à justifier le nom de sa société : « Pourquoi joyeux ? C’est parce qu’on a voulu prendre le contre-pied au côté souvent moralisateur lié au recyclage. Tout le monde est à peu près convaincu qu’il faut agir, pour autant les gens recyclent peu, parce qu’ils associent souvent le geste à quelque chose de contraignant et de compliqué. On a donc préféré l’associer à une image positive et simple, en disant : “Allez-y, ça peut être facile et joyeux !” »

De retour de leur tournée quotidienne, Abdallah et Nadjibollah déchargent avec bonne humeur le camion rose vif de l’entreprise. Cannettes, bouteilles d’eau, gobelets, papiers, stylos, cartouches ou matériels informatiques, tous les déchets du bureau trouvent ici leur place. « Nous passons faire la collecte dans une quinzaine d’entreprises par jour. Il y a très peu d’erreurs de tri. Et si cela arrive, on réexplique aux salariés les règles simples », témoigne Abdallah. Avec plus de 300 clients dans la région parisienne, l’équipe de collecte – composée de 6 salariés – dispose de deux camions pour effectuer le ramassage deux fois par mois dans les entreprises. La demande ne cesse de croître avec une quinzaine de nouveaux clients par mois. Un succès tel, que les Joyeux recycleurs s’apprêtent à effectuer de nouvelles embauches pour l’acquisition d’un troisième camion de collecte.

« Avant de faire appel aux Joyeux recycleurs, nous n’avions pas de poubelle de tri, souligne Julie Sourdois, responsable du développement durable chez le voyagiste Evaneos à Paris.  J’avais demandé à la mairie mais c’était un peu compliqué et il n’y avait pas de solution pour le matériel de bureau ou les capsules de café par exemple, de plus le recyclage des papiers n’était pas valorisé. C’était contraignant car je devais aller dans les magasins du quartier pour déposer les piles et les ampoules. » Responsable de la communication de Cheerz, société d’impression photographique dans le 4e arrondissement de la capitale, Raphaële Lewi-Leveel avait quant à elle constaté qu’ « il n’y avait pas de poubelle de tri dans le quartier. Du coup on ne savait pas comment faire car nous utilisons beaucoup de carton et de papier ». Même écho du côté du cabinet Sagaling Consulting avec Gaëlle Tido : « On se sentait concerné pour mettre en place un tri de façon simple et écologique mais il n’y avait pas de recyclage proposé dans nos bureaux. » Faire appel à une société extérieure pour régler ce casse-tête quotidien leur a donc semblé une solution alternative et positive.

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© Sabah Rahmani / Kaizen

Recycler au travail, une obligation pour les entreprises

Comment expliquer ce manque de visibilité de recyclage au travail ? « Alors que la collectivité doit assumer le recyclage pour les citoyens, la loi prévoit que ce sont les entreprises qui sont en charge de recycler leurs propres déchets et de les organiser [loi Royal du 13 juillet 1992, NDLR]. Les poubelles et les collectent leurs sont facturées. Et contrairement aux grandes entreprises, les PME sont peu informées de leurs obligations en France. », analyse Fabien de Castilla. En effet peu d’entre elles savent qu’aujourd’hui le tri des papiers est devenu obligatoire depuis le 1er juillet 2016 pour les entreprises de plus de 100 personnes, depuis le 1er janvier 2017 pour celles d’au moins 50 personnes et concernera aussi celles de plus 20 personnes à partir du 1er janvier 20181, selon le décret du 10 mars 2016 qui prévoit une législation plus affinée sur le tri du papier mais aussi des métaux, des plastiques, du verre et du bois dans les entreprises. Avec respectivement 115, 50 et 16 personnes dans leurs locaux, les sociétés Evaneos, Cheerz et Sagaling Consulting, n’ont pas attendu la législation pour passer à l’acte et bénéficier des avantages d’un tel service.

« Les Joyeux recycleurs ont mis aussi en place un système très intéressant qui permet de suivre les chiffres de nos déchets. Nous avons constaté que nous consommons 53 kg de papiers par mois par exemple. Ces déchets vont resservir à quelque chose au lieu d’être brûlés. Ce n’est pas de l’argent perdu parce qu’il va être réinjecté dans l’économie ! », observe avec conviction Julie Sourdois. Pour accompagner la transition énergétique et renforcer la valorisation des déchets Les Joyeux recycleurs indiquent régulièrement sur leurs boîtes ce que deviendra l’objet recyclé. On apprend ainsi que les cannettes vont servir à fabriquer une trottinette, les gobelets… des bancs de jardin, les stylos… des arrosoirs, les lampes… des composants de téléphones, etc. « On va toujours positiver ! », insiste Fabien de Castilla.

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Fabien de Castilla, cofondateur des Joyeux recycleurs. © Sabah Rahmani / Kaizen

Un engagement social et solidaire

 Penser à l’environnement sans oublier la dimension sociale, c’est aussi le défi relevé par cette entreprise originale qui recrutent ses salariés chargés des collectes, en priorité chez le groupe d’insertion Ares. « Nous employons des salariés en CDI qui ont connu une galère dans leur vie au niveau social ou santé, qui ont été marginalisées par la société et qui, en retrouvant un travail ont pu se reloger, prendre des cours de français et se réinsérer », raconte Fabien de Castilla. Arrivé en France il y a trois ans, Nadjibollah, réfugié afghan de 28 ans, travaille ici depuis quelques mois. Derrière un sourire apaisé, il témoigne avec pudeur sur son parcours de migrant, de l’Afghanistan à la France, en passant par la Turquie et la Grèce. « Quand je suis arrivé en France c’était difficile de trouver un emploi, surtout à cause de la langue et du racisme. Mais maintenant que je travaille et que j’ai pris des cours de français, c’est plus facile. Grâce à tout cela, j’ai pu aussi fonder une famille. »

La démarche solidaire des Joyeux recycleurs prend également la forme de dons, puisque pour chaque kilogramme collecté, ceux-ci reversent 5 centimes d’euros en faveur d’associations : soit environ 10 000 € par an. Comme une évidence, ils ont ainsi reçu l’agrément d’ « entreprises solidaires d’utilité sociale » (ESUS) délivré par la Préfecture de Paris et le prix d’honneur des Trophées de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) de la Ville de Paris obtenu en 2015. Une fois de plus, cette jeune société démontre qu’allier écologie, économie et solidarité est bénéfique à tous les niveaux. Avec un chiffre d’affaires de près 500 000 € par an, on peut dire que c’est un concept qui marche !

 

1 Un seuil qui s’applique aussi dans les espaces partagés par plusieurs entreprises lorsque celles-ci gèrent les mêmes collectes de déchets.

 

 


Comment ça marche ?

Chaque entreprise choisit une ou plusieurs boîtes de recyclage : papiers, gobelets en plastique, cannettes, bouteilles en plastique, capsule de café, ou une multibox pour collecter cartouches, piles, lampes, stylos et bouchons. Les collectes ont lieu deux fois par mois, sans avoir besoin de vider ou de déplacer les boîtes puisque les Joyeux recycleurs se chargent de tout.

Ils proposent aussi de recycler à la demande de ses clients, le verre, le matériel informatique, les mégots, les mobiliers de bureau, etc.

Pour plus d’information : info@joyeuxrecycleurs.com


 

Par Sabah Rahmani

© Kaizen, construire un autre monde, pas à pas

 


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2 commentaires

  1. sylvie B

    Certes c’est une bonne idée, créatrice d’emplois de surcroît mais dans les déchets de bureau, il y aurait moyen de supprimer certains déchets (gobelets plastiques, capsules par exemple en accordant un vrai temps de pause aux employés permettant de faire sa petite collation de façon plus conviviale, il y a aussi le thermos.)
    De plus que penser du recyclage qui refait faire des km à ces objets qui subissent un traitement polluant avant d’être transformés. Il va falloir apprendre à se passer de ces objets jetables. Avant, on consignait, on réparait, on recyclait à domicile…

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