Le village des enfants

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Une école en pédagogie Montessori

Texte : Cédric Arlabosse – Photos : Laetitia Satgé

Dans une ancienne ferme familiale, près de Saint-Georges-de-Didonne, dans le sud de la Charente-Maritime, est né en 2009 le Village des enfants. Il abrite, entre autres, une école Montessori pour enfants de 2 à 12 ans. Fondé à l’initiative de Stéphanie Pillet-Ploquin (Lexane de son nom d’artiste-danseuse), cet établissement qui suit un enseignement pour et avec les enfants cherche comment apporter des solutions à cette double interrogation devenue récurrente : Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Et quels enfants laisserons-nous à notre planète ?

Cédric Arlabosse : Merci Stéphanie de nous recevoir dans cette belle école. Pouvez-vous tout d’abord nous expliquer ce qu’est la pédagogie Montessori ?

Stéphanie Pillet-Ploquin : Maria Montessori (1870-1952) a été la première femme médecin italienne. Avec son regard de scientifique, elle a observé les enfants, analysé leurs mécanismes d’acquisition et s’est aperçue qu’ils disposaient de toutes les compétences nécessaires pour se diriger eux-mêmes vers le savoir, qu’il leur suffisait pour cela d’un environnement adéquat au bon moment.

Amour, confiance, respect, observation sont les bases de sa pédagogie. Celle-ci permet à l’enfant de développer tous ses potentiels en suivant son propre rythme et sa motivation. Le matériel didactique, en lui apportant des supports concrets, le conduit vers le savoir par l’expérimentation et nourrit son esprit absorbant. L’éducateur mettra à profit son intérêt pour une thématique particulière afin de répondre à sa curiosité sur ce sujet et l’accompagnera pour lui permettre d’apprendre par lui-même. Il n’existe ainsi pas de cours magistral, ni d’allure fixée par le groupe. On estime que répondre à une question qui n’a pas été posée risquerait d’amoindrir la curiosité naturelle. En étant réellement acteur et décideur de ses apprentissages, l’enfant vit entièrement l’expérience qu’il a choisie : elle retient alors toute son attention et il s’en souviendra durablement.

Cédric : Comment fonctionne le Village des enfants ?

Stéphanie : L’école est ici en classe unique. Les différences d’âge favorisent l’observation, l’entraide, les échanges et le respect mutuel, ainsi que la création de liens entre les enfants. La journée se divise entre le travail en pédagogie Montessori le matin et les ateliers l’après-midi : danse, théâtre, musique, chant, arts plastiques, bricolage et éducation bio-citoyenne (jardinage et soin des animaux). Le poulailler, par exemple, est un lieu d’apprentissage et de respect du vivant. La collecte quotidienne et la petite vente des œufs permettent de se nourrir de produits sains et d’apprendre la gestion dela monnaie. C’est un support pédagogique par lequel les maths prennent vie ! Les enfants participent à de vraies réflexions sur la protection de la planète, l’alimentation, la communication… Toujours spontanées et naturelles, leurs idées d’aujourd’hui sont certainement les solutions de demain.

« L’Humanité a vécu une sorte de stade embryonnaire, et seulement aujourd’hui elle est sur le point de naître véritablement, consciente de son unité et de son rôle réel » M. Montessori

Cédric : On ne suit pas ici de programme imposé : l’enfant ne risque-t-il pas de présenter par la suite des lacunes ou des difficultés à s’adapter à la scolarité conventionnelle ?

Stéphanie : En ce qui concerne les compétences des écoliers, nous nous référons au « socle commun des connaissances » (décret 2002). L’arrivée au collège de ces enfants se passe bien : ils savent organiser leur travail de manière autonome depuis le plus jeune âge et seront donc aptes à se débrouiller au cours leurs études à venir. De plus, on constate souvent une avance sur le programme scolaire conventionnel, car les enfants poussent très loin la curiosité quand ils ont choisi leurs sujets d’études eux-mêmes.

Cédric : Comment vous est venue l’idée de créer cette école ?

Stéphanie : En devenant maman de ma première fille, mon cœur s’est ouvert en grand ; cela m’a sensibilisée à l’éducation et à la vie durant l’enfance. « Élever mon enfant » a pris pour moi le sens propre de la porter vers le haut. J’ai voulu trouver pour elle une scolarité faite de journées épanouissantes. Ma première idée fut l’instruction en famille : la pédagogie de Maria Montessori répondait à mes attentes par son respect de la  personne-enfant, et puis sa réflexion selon laquelle l’enfant est le père de l’homme me semblait très juste. J’ai donc suivi une formation d’éducatrice Montessori au centre Papachapito. Puis assez rapidement, j’ai eu envie de partager cet apprentissage avec d’autres enfants. Créer l’école dont ils rêvent, dans laquelle ils pourraient échanger, faire ce qu’ils aiment et pratiquer des loisirs et des arts sans attendre le soir, était devenu une évidence.

Cédric : Comment s’est passée la naissance de l’école ?

Stéphanie : Il me fallait avant tout trouver un local. Notre projet étant atypique, les banques n’ont pas voulu nous prêter d’argent. La solution fut donc de quitter notre maison pour y recevoir l’école et de nous installer dans une partie de la maison de mes parents. En 2008, nous avons ouvert des ateliers. Nos quatre premiers écoliers, dont ma fille Tess, âgée alors de 35 mois, ont reçu avec enthousiasme nos propositions de jeux. Ils étaient joyeux d’apprendre et me confortaient dans mon désir de créer l’école : son ouverture à la rentrée2009 a été un grand bonheur pour moi.

Cette année, le Village des enfants, c’est quinze écoliers à la rentrée de septembre, deux éducatrices Montessori, ainsi que des intervenants artistiques formés à la pédagogie Montessori. Cette dimension humaine correspond à notre envie de laisser l’école grandir en douceur – nous nous sommes fixé un objectif maximal de 30 élèves. On trouve ici des ateliers de danse, de théâtre, un poulailler, un potager où chaque enfant dispose de son espace personnel, des chèvres, des poneys. Nous avons pour projet de créer un mini-village pour et avec les enfants, fait d’ateliers où ils apprendront tout ce qui leur sera utile pour être autonomes dans leur vie d’adulte. Il existe aussi un Village de la danse, dans les murs du Village, centre de formation de danseurs et professeurs en pédagogie Montessori. Tout ceci constitue un joyeux nid d’enfants-Colibris.

« Lorsque nous comprendrons tout ce que l’enfant acquiert par lui-même, nous saurons mieux ce que peut devenir l’Homme » M. Montessori

Cédric : Quelles difficultés êtes-vous amenée à rencontrer ?

Stéphanie : Peu de parents ont reçu ce modèle d’éducation eux-mêmes, ils sont déstabilisés et l’absence de notation s’ajoute à ce manque de repères. Ils ont donc souvent besoin d’être rassurés. Pour y remédier nous organisons régulièrement des ateliers ouverts à tous, formant à l’accompagnement des parents. Nous avons aussi dû faire face à la difficulté de porter un projet atypique, qui peut parfois déranger les habitudes. Je remercie chaleureusement à ce sujet notre actuelle municipalité, qui par son ouverture, offre aux parents un libre choix d’éducation en les informant sur notre école.

« La période la plus importante de la vie n’est pas celle qui correspond aux études universitaires, mais bien la première période (0-6ans). Cest dans cette période que se forment non seulement l’intelligence, mais aussi l’ensemble des facultés psychiques » M. Montessori

Cédric : Ne trouvez-vous pas dommage que l’accès à ce type d’éducation soit payant ?

Stéphanie : Il est parfois difficile d’envisager de payer la scolarité dans un pays où le service public la propose gratuitement. Mais à l’heure où l’école est devenue un sujet de préoccupation, je souhaite que le Village montre, en toute modestie, un chemin des possibles, sans aucun esprit d’élitisme. L’école est hors contrat, ce qui ne signifie pas «  hors la loi » ! Cette appellation s’applique à une école qui pratique le libre choix de ses méthodes et supports pédagogiques. En contrepartie, elle ne bénéficie à ce jour d’aucune aide financière. Nous œuvrons à notre petit niveau pour la démocratisation de ses méthodes tant prisées dans les pays scandinaves, où la réussite des écoliers est probante. La première structure de ce type a ouvert en 1915 aux Pays-Bas… serions-nous un peu lents ? En l’absence d’aides de l’Etat ces écoles sont financées par les parents, c’est pourquoi au Village nous avons opté pour un tarif variable en fonction des revenus des familles, débutant à 180 €mensuels. Peut-être cela implique-t-il de renoncer à certaines futilités, de consommer un peu moins et un peu mieux pour privilégier la qualité de l’école. D’autant que les arts et loisirs pratiqués aussi à l’école dispensent d’activités extrascolaires et permettent de belles économies.

Cédric : En quoi le Village est-il une école pilote ?

Stéphanie : Nous espérons inspirer et soutenir la naissance d’autres écoles Montessori en France, avec une option possible en arts et bio-études, et participer à la formation de leurs fondateurs. A la rentrée nous accueillonsla formation Papachapito dans nos murs, c’est avec plaisir que je partagerai mon expérience avec les futurs éducateurs et directeurs d’écoles. Le Village de la danse proposera dès novembre la formation au diplôme d’Etat de professeur de danse parla méthode Montessori, axé sur une approche du danseur-enfant. Les formateurs sont tous des gens très reconnus dans le milieu artistique. Notre marraine, Nadia Coulon, est la créatrice de Darc, le grand stage-festival de Châteauroux. Elle est en outre chargée de mission pour le ministère dela Culture. On prévoit aussi la création d’un jardin partagé et pédagogique en agroécologie, pour permettre aux adultes et aux enfants d’y cultiver la terre ensemble. Ces simples moments de vie seront pour chacun un bel exercice de la sobriété heureuse…

 

Liens utiles:

- Le Village

21 rue du village Boubes

17110 St-Georges-de-Didonne

levillagedesecoles@gmail.com

Sites : Levillagemontessori.com et levillagedeladanse.com

Tel : 05 46 06 06 58 ou 06 60 68 18 22

Le village des écoles est sur facebook et sur le réseau social Colibris (Ning)

 

- Groupe Local Colibris 17 Pays Rochelais: paysrochelais@colibris-lemouvement.org

-Terralliance – Royan en Transition: katybee66@yahoo.fr

2 commentaires

  1. Eric

    “nous avons opté pour un tarif variable en fonction des revenus des familles, débutant à 180 €mensuels. Peut-être cela implique-t-il de renoncer à certaines futilités, de consommer un peu moins et un peu mieux pour privilégier la qualité de l’école. D’autant que les arts et loisirs pratiqués aussi à l’école dispensent d’activités extrascolaires et permettent de belles économies.”

    >> Je comprends les coûts et contraintes administratives etc. et j’apprécie la sincère bonne volonté des enseignants.
    Néanmoins, il est utile de se rappeler que, même en renonçant déjà aux “futilités”, la majorité des français n’a pas les moyens de financer l’éducation de ses enfants à hauteur de 180 euros mensuels. Et encore moins de payer ce montant pour plusieurs enfants.

    Nombreuses sont les familles qui n’ont déjà pas les moyens de payer des activités extra scolaires à leurs enfants (et encore moins des activités coûteuses), voire sont tributaires d’aides pour pouvoir payer à ces derniers des activités, ou bien ils n’en ont tout simplement aucun moyen.

    Donc à ce jour, de telles écoles, aussi intéressantes soient-elles, restent majoritairement destinées à une minorité, socio-culturellement favorisée.

    Les enfants qui en suivent les cours ne sont donc pas représentatifs de la majorité de la population. Ce sont des enfants nés de parents qui ont “fait des études”, tiennent à la maison des discussions en elles-mêmes propices à l’enrichissement culturel, qui nourrissent le développement de l’enfant, et l’enrichissent d’informations, sans effort.

    De plus, les parents qui inscrivent leurs enfants dans des écoles de ce type sont majoritairement sensibles à ces approches pédagogiques, et s’efforcent de pratiquer à la maison des approches éducatives déjà concordantes avec les méthodes pédagogiques de ces écoles. A l’école comme à la maison, la majorité de ces enfants bénéficie de méthodes et de comportements éducatifs concordants, ce qui tend à en renforcer les effets.

    Bref, à ce jour, la grande majorité des enfants qui étudie dans ces écoles n’est pas du tout représentative de la majorité des enfants dans la population en général. Je ne nie pas que ces méthodes aient de l’efficacité etc. Mais la mesure n’en est prise qu’à faible échelle, sur des enfants favorisés d’avance. Il sera certainement possible de trouver quelques cas exceptionnels d’élèves issus de milieux “défavorisés” (quelle que soit leur origine), en bien faible nombre. Et cela ne les extrait pas des effets du contexte de leur éducation hors école, auquel ils retournent chaque jour, et qui est a minima “défavorable”, voire dans certains cas nocif pour le développement de ces enfants.

    J’apporte de manière inconditionnelle tous mes encouragements aux bonnes volontés. J’incite également à garder une conscience des contraintes de chacun, des limites liées au contexte socio culturel. Elles sont souvent fortes et sous-estimées par ceux qui ne les vivent pas eux-mêmes (observer de l’extérieur ne suffit pas toujours). Rarissimes sont les fils d’ouvriers et agriculteurs qui font des études “supérieures”, et moins encore si lesdits parents n’ont eux-mêmes pas suivi de tels cursus.

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