La saveur poétique de la méditation

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Amoureux de la nature, le philosophe Pierre Rabhi fait l’éloge de la méditation. Entre joie et sérénité, cette voie et voix du silence lui ouvre une sensibilité poétique.

Pierre Rabhi à Monchamps (Ardèche) ©Patrick Lazic

Dans vos livres Du Sahara au Cévennes ou Vers la sobriété heureuse, vous décrivez de nombreux instants de contemplations méditatives face à la nature. Que ressentez-vous dans ces moments-là ?

J’éprouve du bonheur quand je contemple mon jardin, le lever et le coucher du soleil, ou encore les montagnes des Cévennes depuis ma fenêtre, la forêt toute proche… Tout cela fait partie de la contemplation qui offre à notre âme une sorte de nourriture poétique et, en même temps, une saveur spirituelle. Car nous avons affaire à la beauté mais aussi au mystère.

Lorsque je regarde une voûte céleste pleine d’étoiles, cela me transporte dans l’univers tout entier. C’est une contemplation qui dépasse mon petit organisme pour aller vers l’immensité de la vie. Cette totalité me rend serein, me lie à la réalité : je suis en méditation.

Vous méditez chaque jour ?

Je dirais plutôt que je médite sur chaque chose. Car je ne crois pas à la méditation en tant que pratique particulière, à laquelle il faudrait se prédisposer en adoptant une posture. Si on se met dans une position pour réfléchir et se concentrer, j’appelle plutôt cela de la relaxation.

En quoi est-ce différent ?

La relaxation est liée à l’organisme physique, c’est une forme de détente qui a trait à mon corps : si je suis fatigué je me relaxe en terme musculaire, et si je suis stressé, la relaxation est une forme de contrôle sur soi-même. C’est légitime mais on artificialise un peu les choses pour être tranquille, on rentre à l’intérieur de soi. Or, pour moi, la méditation n’est pas simplement ce recueillement. Je suis un mystique qui ne circonscrit pas la réalité. Il y a quelque chose qui transcende tout cela parce que c’est de l’ordre du grand mystère et de la grande beauté de la vie.

La méditation amène au silence. Elle est relâchement total. Ce n’est pas un cheminement ni une quête ; c’est une immobilité silencieuse, un état de grande réceptivité qui permet au vrai d’entrer dans notre intériorité. Ainsi, nous sommes prêts à recevoir ce que la vie nous offre. Ce silence méditatif – qui apporte la plénitude – peut aussi naître dans une posture intérieure active quand, par exemple, on pense à une fleur, à des choses qui amènent dans notre psyché une forme d’embellissement et de sérénité.

Pourquoi ?

Car c’est un lâcher-prise intérieur radical et global, où mon cerveau et ma pensée s’apaisent. À cet instant-là, je suis à l’écoute de l’inaudible. Ce silence, je le sens bien sûr d’abord par mes sens car il n’y a pas de bruit. Mais l’absence de bruit élargit et nourrit aussi mon intériorité. Le mental n’est pas en activité, en ébullition ou en suractivité à ce moment-là. Il n’a plus ici aucun rôle, ni même perturbateur. On se sent alors complètement dans le flux de la vie, telle qu’elle est, là où il n’y a plus de parole.

Il est parfois difficile de rentrer dans cet état de silence intérieur absolu, car notre mental est souvent envahi par des pensées diverses…

Lorsque ça bavarde à l’intérieur de soi, cela trouble tout. C’est du bavardage non articulé ! [Rires] Mais quand le bavardage cesse, quelque chose d’autre se produit. C’est un silence absolu où j’ai l’impression de me relier à l’univers. Et dans cet univers il existe une parole qui n’est pas articulée.

C’est-à-dire ?

C’est de l’ordre de l’indicible, car cela fait partie d’une dimension qui n’est absolument pas subordonnée au langage articulé. Le verbe se dissipe pour laisser place au langage du silence qui est plus vaste. C’est un ressenti sans verbe… inexplicable.

Est-il souhaitable d’enseigner la méditation aux enfants et aux adultes ?

Oui, mais pas dans les formes de pratiques qui sont aujourd’hui prégnantes avec des directeurs spirituels ou des gurus. En cela, je suis en phase avec l’approche du philosophe indien Jiddu Krisnamurti (1920-1990), pour qui il ne s’agit pas que quelqu’un dépende d’une autre personne, mais que chacun soit dans sa souveraineté absolue. Les autres peuvent nous aider et nous apprendre des choses, mais on ne doit en aucun cas s’enliser dans des pratiques mécaniques du mental en se fixant des objectifs de relaxation ou de méditation.

Ce qui est intéressant avec Krishnamurti – que je considère comme un Socrate des temps modernes c’est sa vision selon laquelle un être ne peut découvrir la vérité que par lui-même…

 

Entretien réalisé par Sabah Rahmani

 


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2 commentaires

  1. Mortehan Bernard

    Merci “Pierrot”!
    Selon moi, vous êtes, vous et votre épouse, l’incarnation du possible…
    Mille merci pour vos partages

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  2. Adjali

    Bonsoir Pierre Rabhi,
    Depuis des années, je me sens interconnectée à vous, ne serait-ce que par notre origine commune, sans oublier votre philosophie que je partage.
    A ce titre, je souhaiterais acheter un terrain agricole proche de votre propriété et qui pourrait être agrandie, le cas échéant.
    L’agrandir me conviendrait tout à fait.
    Pourriez-vous m’aider à résoudre ce situation. Quelles sont les possibilités éventuelles pour mon installation ?
    Pour le moment, je vis à l’île de La Réunion où les terrains sont extrêmement chers.
    Par ailleurs, je pourrais financer une technologie innovante issue de la physique quantique, pour les cultures et maraîchage Bio.
    Dans l’attente de vous lire.
    Salima

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