Le sac plastique biodégradable questionne notre modèle de société

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Lancée le 1er juillet 2016, l’interdiction de la distribution des sacs en plastique à usage unique a polarisé le débat sur cet objet et les dérives qu’il engendre. Cette réglementation propulse les sacs plastiques biodégradables comme nouvelle solution écologique, mais est-ce vraiment la solution ?

sac plastique

Un vent de changement souffle sur les caisses des grandes surfaces, sur les étals des marchés et sur les rayons des petits commerces de quartier. Depuis le 1er juillet 2016, les commerçants français se sont vus interdire la distribution des sacs plastiques de moins de 50 microns d’épaisseur, ce qui veut dire que l’on ne devrait plus trouver de sacs plastique à usage unique au bout des caisses, mais uniquement des sacs plus épais et réutilisables. Enfin, logiquement… Car la loi autorise encore les sacs « biodégradables biosourcés » que l’on nous vend désormais comme l’alternative écologique.

Si l’on peut se réjouir que le décret relatif à la loi sur la transition énergétique du 1er juillet 2016 fasse enfin la chasse aux plastiques les plus polluants – même si les commerçants pourront encore distribuer des sacs plastique de moins de 50 microns d’épaisseur, issus de la pétrochimie, jusqu’à épuisement de leur stock –, la solution proposée ne semble pas si verte.

Le « biosourcé », une appellation galvaudée ?

En effet, qui dit « biodégradable biosourcé » ne veut pas toujours dire 100 % naturel ! Certes, les sacs oxo-fragmentables entrent bel et bien dans la liste des produits interdits. Ces sacs plastique biodégradables étaient, en effet, fabriqués exclusivement à partir de matériaux d’origine fossile, et contenaient un agent de décomposition extrêmement polluant qui générait des micro-paillettes. Mais les sacs biodégradables biosourcés qui vont désormais être autorisés ont encore une grosse part de matériaux d’origine fossile. Car la seule obligation pour être considéré comme « biosourcé » est en effet de comporter un pourcentage minimal de matière végétale… sauf qu’il n’existe pour l’instant aucun seuil minimal spécifié. Un comble ! Il faudra attendre le 1er janvier 2017, pour que celui-ci soit fixé à 30 %. La loi imposera ensuite aux fabricants de ce type de sacs d’augmenter progressivement la teneur en matière biosourcée jusqu’en 2025 (40 % en 2018, 50% en 2020, 60 % en 2025). Autant dire que l’on est encore très loin d’une intention explicite d’éliminer le pétrole et donc les matériaux d’origine fossile de la composition des sacs plastiques « biosourcés ».

Nature, es-tu là ?

Qui dit biodégradable biosourcé ne dit pas non plus 100 % biodégradable : ces sacs « biosourcés » peuvent générer encore jusqu’à 10 % de résidus par rapport à leur masse initiale.

« La norme européenne nous demande à avoir une biodégradation d’au moins 90 % parce qu’à partir du moment où l’on atteint ce pourcentage, la biodégradabilité est totale », affirme Christophe Doukhi de Boissoudy, directeur général de Novamont France, entreprise pionnière de la production de bioplastique.

Biodégradabilité totale ? Encore faut-il que celle-ci se fasse dans certaines conditions. Certains sacs ne sont biodégradables qu’en milieu industriel, avec des niveaux de température et d’humidité bien spécifiques, tandis que d’autres sont compostables et nécessitent l’acquisition d’un composteur domestique afin d’être biodégradés. On peut alors s’interroger sur les conséquences à long terme sur l’environnement de l’utilisation d’un compost fabriqué à partir de sacs biodégradables biosourcés, dont une partie est toujours issue de matériaux d’origine fossile. En résumé, le sac biodégradable biosourcé reste un déchet comme un autre « car il ne sera pas capable de se dégrader dans des conditions naturelles », affirme Virginie Le Rabalec, ingénieur au service bio-ressource de l’ADEME (Agence l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie). Un déchet que l’on ne jette pas n’importe où, donc, et encore moins dans la nature !

Bio…déchets !

Mais on le jette où, alors ? La fin de vie de ces sacs à usage unique demeure, au même titre que celle des sacs en plastique traditionnel, un problème à part-entière, car ils n’ont pas pour le moment leur place dans les systèmes de collecte actuels. Et ce pour une raison bien précise : ce sont des biodéchets. Ils ne doivent donc pas être jetés dans la poubelle dévolue aux déchets ménagers, ni même dans la poubelle jaune où sont entreposés les déchets recyclables.

Alors comment faire pour s’en débarrasser ? La seule solution, à cette heure, est de se renseigner auprès de sa commune. Si celle-ci dispose d’une collecte séparée de biodéchets (c’est encore rare), vous pourrez les disposer dans les conteneurs dédiés. Sinon, il vous faudra attendre 2020, date à laquelle, selon l’ADEME, un plan de gestion national des biodéchets sera rendu opérationnel. D’ici là, la plupart des sacs plastique biosourcés seront hélas encore incinérés ou enfouis comme les anciens traditionnels sacs plastique.

Pas naturel, pas biodégradable, pas pratique, donc, les biodéchets ! On en rajoute sur la liste noire ? Oui, en levant le voile sur leur bilan carbone, lui aussi, pas si vert, ni éco-responsable. Certes, les plantes utilisées dans la fabrication de ces matières absorbent du CO2 durant leur croissance, mais elles le restituent lors de leur biodégradation, leur production, ainsi que leur transformation, et restent en grande partie dépendante du pétrole. L’irrigation des cultures, la production d’engrais et de pesticides, le transport des produits végétaux et la transformation des matières premières sont autant d’activités nécessitant encore l’utilisation de combustibles d’origine fossile.

« On peut donc avoir un doute sur les conséquences à l’avenir dans la mesure où l’on fait de plus en plus de choses avec le végétal pour remplacer le pétrole », prévient Camille Lecomte, chargé de campagne « modes de production et de consommation responsable » aux Amis de la Terre, avant de dénoncer l’utilisation d’une « alternative qui consomme finalement beaucoup d’énergie ».

Quelle conclusion en tirer ?

Ne faisons-nous pas finalement fausse route en érigeant ces sacs biodégradables biosourcés au rang de solution pérenne ? Ne serait-il pas plus « éco-responsable » d’inciter les consommateurs à utiliser dès à présent des sacs réutilisables, en tissu de préférence ? C’est en tous cas le parti pris de plusieurs commerçants, à l’image de la Biocoop Scarabée de Rennes, qui a décidé de proposer des sacs en tissus réutilisables pour les fruits et légumes ainsi que pour les produits en vrac. Même chose du côté des fabricants avec l’entreprise Ecodis qui s’est lancée dans la confection de sacs en coton bio réutilisables, solides et légers.

« Il a fallu trouver le juste équilibre entre résistance et légèreté, le plus petit de 9 grammes pourra ainsi transporter jusqu’à 3 kilos de produits », expliquait récemment le directeur de l’entreprise, Didier Le Gars, dans les colonnes du Télégramme.

Ces sacs devraient être disponibles pour 50 centimes d’euros dans près de 2000 magasins bio dès le mois d’octobre. Un premier pas vers une véritable alternative écologique.

 


Pour vous y retrouver

Les fabricants des sacs biosourcés, promus par la nouvelle réglementation en vigueur, sont tenus d’apposer des mentions bien spécifiques sur les produits qu’ils fabriquent afin d’aider le consommateur à s’y retrouver. La mention « Ok Compost Home » désigne ainsi des sacs pouvant être biodégradés à domicile. « Ok Compost », « Plantule » ou encore « Seedling » qualifient quant à eux ceux destinés au compostage industriel.


 

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Léa Esmery

© Kaizen, construire un autre monde… pas à pas

 


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2 commentaires

  1. BRETAGNOL

    Je souscris entièrement à votre analyse : où est le progrès qui consisterait à cultiver des végétaux pour les introduire dans nos sacs à usage unique ? Merci aux magasins -bio coop et autres- qui ont mis en vente des petits sacs en coton réutilisables pour les produits proposés en vrac. Ils sont venus compléter mes filets et autres sacs en tissus pliables, mes sacs papier qui servent jusqu’à ce qu’ils soient trop abimés… J’attends le jour où je pourrai venir directement avec mes boites à remplir et les machines qui sauront faire la tare avant le pesage.

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