Traverser la France à pied : pour quoi faire ?

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Le scientifique Axel Kahn a parcouru le pays en diagonale, à pied, à deux reprises. Dans son dernier livre, Entre deux mers, voyage au bout de soi, cet infatigable touche-à-tout revient sur sa traversée effectuée en 2014, de la Pointe-du-Raz à Menton. L’occasion pour lui d’évoquer l’état psychologique, économique et politique du pays, et de témoigner de l’infinie beauté de ses paysages.

© Audrey Cerdan

Partir marcher plus de 2 000 km, seul, un sac sur le dos, à presque 70 ans… Cela pourrait en rebuter plus d’un. Mais, pour Axel Kahn, médecin, généticien, essayiste et homme politique, plutôt deux fois qu’une ! Après avoir traversé la France de Givet à Saint-Jean-de-Luz en 2013 [1], il réitère l’expérience en 2014 en changeant d’itinéraire. De cette immersion en mouvement « entre deux mers », il puise de nombreuses observations sur l’état de la France et de ses habitants.

Renouer avec la nature, renouer avec son pays

En 2 057 km, de la Bretagne à la Côte d’Azur, Axel Kahn a pu en admirer, des paysages. Que ce soit sous un soleil de plomb ou arrosé par des trombes d’eau, c’est toujours avec la même joie et le même enthousiasme non feints qu’il découvre un nouveau panorama, que ce soit un plateau rocailleux, une vallée fleurie, un lac turquoise ou l’ancienne église d’un village… Bien souvent, au fil des pages et des kilomètres parcourus, Axel Kahn s’avoue « repu de beauté », une beauté qui le surprend toujours, malgré sa grande expérience de la marche et des voyages.

Paris neige 2010

« Je ressens d’abord une impression de vide, comme une sidération de toutes mes pensées en cours, un anéantissement de ma volonté, une intense stupéfaction. Puis l’esprit recommence à fonctionner, de plus en plus vite, en désordre pour commencer, les images emmagasinées dans ma mémoire sont convoquées pêle-mêle par celle qui vient de s’imprimer dans ma conscience. Ma gorge se serre, elle me gratte, elle me pique, mes yeux aussi, ils s’embuent, les larmes coulent, en abondance parfois : c’est trop beau ! » Sidéré par la beauté des lieux, le promeneur solitaire s’en nourrit à de nombreuses reprises pour trouver l’énergie nécessaire pour continuer sa marche, faisant fi de ses souffrances physiques. En admirable conteur, il emmène le lecteur à la découverte de la magnificence du monde vivant et décrit comme personne les teintes d’une androsace, le scintillement d’un lac ou la courbe d’un lis de saint Bruno.

Un voyage pas si solitaire que ça…

Parti marcher en solitaire, Axel Kahn ne se retrouvera pourtant jamais tout à fait seul. Chaque jour, il est attendu par des femmes et des hommes – médias, politiques, libraires, lecteurs, simples curieux… –, ayant appris son arrivée grâce aux réseaux sociaux. Ils sont heureux de l’accueillir dans leur territoire, pour évoquer avec lui les difficultés qu’ils éprouvent, mais surtout pour lui faire découvrir toutes les merveilles de la région.

Malheureusement, les difficultés sont parfois nombreuses : la Brenne victime de « solognisation » – le fleurissement de murs de barbelés pour la pratique de la chasse et la protection des propriétés –, la déprise agricole de certains départements, la dépopulation majeure des villages où les commerces ferment l’un après l’autre… Axel Kahn s’interroge sur la crispation et le repli identitaire des opposants à la création des parcs naturels régionaux – il y en a à chaque fois – qui ne souhaitent pas être dérangés leurs habitudes, même si leur région perd de la vigueur petit à petit, inéluctablement…

Mais, la résistance à la désertification, même si elle peut paraître discrète, s’organise, notamment grâce à la motivation d’exploitants misant sur la qualité des produits de leur région, privilégiant l’agriculture biologique et qui ne sont jamais à court d’idées et d’initiatives pour redynamiser leur territoire. Admiratif devant ces personnes rencontrées – des boulangers, des éleveurs, des maraîchers… –, Axel Kahn souhaite témoigner sa « réelle admiration pour toutes celles et tous ceux qui déploient une énergie magnifique dans le but de vivre, entreprendre et travailler au pays, y maintenir une activité humaine qui puisse séduire encore de nouvelles générations. »

Alors, l’identité régionale, réflexe conservateur ou formidable rempart pour mieux résister à la crise ? Seconde option, bien sûr ! Optimiste, mais réaliste, Axel Kahn nous persuade avec le récit de son voyage de la richesse du territoire français et de ses habitants : « Ainsi va ma route, à chaque instant différente, toujours belle, illuminée de plus de la beauté des femmes et des hommes rencontrés. Qui ne voudrait être à ma place ? »

 

Par Diane Routex

 

[1] Dont il a tiré un premier livre paru récemment en format poche : Pensées en chemin, Ma France des Ardennes au Pays basque, Le Livre de Poche, 2015

 


À lire

Entre deux mers, Voyage au bout de soi, Stock, 2015

Pensées en chemin, Ma France des Ardennes au Pays basque, Le Livre de Poche, 2015


Pour aller plus loin

Lire l’intervention d’Axel Kahn dans notre dossier sur les parcs naturels régionaux dans le Kaizen 20, actuellement disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne.

 

Une réponse

  1. eva and family

    Nous avons eu la chance d’avoir la visite d’Axel Kahn à Geaune, ce fut un très bon moment et j’ai lu avec délice ses “pensées en chemin”, MERCI A LUI

    Répondre

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