Une masse critique pour éviter la révolte ?

Qu’ont en commun Marc Trévidic, juge d’instruction au pôle antiterroriste du Tribunal de grande instance de Paris, chargé notamment de l’attentat de Karachi, et de la mort des moines de Tibhirine, et Mathieu Burnel, ex-inculpé de l’affaire Tarnac ? A priori, rien, voire même, tout les oppose ! Pourtant, la semaine dernière, invités par des médias différents, ils ont tenu des discours assez semblables, assurant que la révolte n’était pas loin.

L’intervention de Marc Trévidic

L’intervention de Mathieu Burnel

Sur la forme, force est de constater qu’il est préférable de porter une cravate et d’exercer un travail sérieux pour disposer de l’écoute – bienveillante – de votre interlocuteur, dans les médias français ! Mathieu Burnel est renvoyé dans les cordes (à tort ou à raison, là n’est pas le propos), se faisant même traiter de « zozo ». Pourtant, le juge d’instruction et le jeune activiste disent la même chose.

Sur le fond, tous deux expliquent que le schisme grandissant entre le peuple et le pouvoir, que les élites ne voient pas venir, risque de déboucher sur une révolte. Il est d’ailleurs intéressant que ce soit justement une représentation de ces élites qui dénigre les propos de Mathieu Burnel. L’avenir dira s’ils ont raison.

Si le constat des deux hommes est juste, ne peut-on pas envisager de changer le monde autrement ? Les révolutions sont toujours, à un moment ou à un autre, synonyme de sang et de mort. Alors, comment faire ? Et si chacun faisait sa part, comme le colibri, pour créer une masse critique, qui ferait basculer la société dans un autre paradigme, en douceur, sans heurt, sans morts…

Le concept de masse critique est assez naturel et accessible.

Ironie ou retour de manivelle, à l’origine la masse critique, en physique nucléaire, est la masse de matière fissile minimale pour déclencher une réaction nucléaire en chaîne de fission nucléaire. La Masse critique désigne également une manifestation à vélo qui existe depuis 1992 et qui se déroule chaque dernier vendredi du mois dans plus d’une centaine de villes dans le monde. Cette appellation provient de l’observation d’une habitude qu’ont les Chinois sur la route. Aux intersections où les feux de signalisation sont absents, les cyclistes attendent d’être assez nombreux, de « faire masse », pour traverser ensemble. Les vélos n’ont pas besoin d’être plus nombreux que les voitures pour s’imposer, mais leur nombre ayant atteint un certain point, leur masse critique leur permet d’imposer leur flux aux véhicules motorisés.

Les slogans généralement associés à cette manifestation à vélo sont : « Nous ne bloquons pas la circulation, nous sommes la circulation. » et « Les voitures ne sont pas dans un bouchon, elles sont le bouchon. » Autrement dit, les alternatives ne s’opposent pas à la société, elles sont la société.

Annecy colibris

Cet exemple chinois démontre que, de la théorie à la pratique, il n’y a qu’un pas, et que les alternatives douces peuvent s’imposer sans guillotine. Plus près de nous, la semaine dernière à Annecy (où je me suis rendu pour le Bon plan du Kaizen 18 de janvier), rencontrant les Colibris et les Incroyables comestibles de la ville, j’ai eu le sentiment que, effectivement, lorsque des individus se mettent en marche, la foule qui les suit peut croître rapidement. Ils sont peu nombreux, mais motivés, pédagogues, non violents et ils arrivent à essaimer dans les esprits qu’un autre monde est possible, même dans une ville réputée conservatrice. Certes, c’est à l’échelle d’un territoire, c’est peu, mais si chacun participe à la création d’une masse critique dans son quartier, la masse critique deviendra vraiment critique pour le pouvoir. Elle le sera d’autant plus si des personnes que tout oppose a priori, comme le juge et l’activiste, la composent. Marc et Mathieu, parlez-vous …

 

Par Pascal Greboval, Rédacteur en chef de Kaizen

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