Visa pour l’image : de l’infobésité à l’information positive ?

Aller au festival de photojournalisme Visa pour l’image, à Perpignan, quand on est étiqueté Kaizen, c’est un peu comme envoyer une carpe dans un clapier, un moine jésuite dans un harem de l’Empire ottoman, un alcoolique anonyme chez Amma. Nonobstant, convaincu par la nécessité de rester ouvert aux cartes mentales de tous, j’ai mis le cap vers Perpignan. Accepter l’univers d’autrui, c’est admettre la réalité, et faire un pas… vers la compréhension du monde. Le lien est moteur de changement.

© Ferhat Bouda

Pour commencer, bonne surprise : les lieux qui accueillent les expositions permettent de découvrir la richesse de la cité catalane, comme le sublime hôtel Pams. Et l’accès au festival est gratuit.

Les expositions sont assez fidèles à ce que j’imaginais. Elles montrent la cruauté dont sont victimes quelques hommes et femmes, alignés les uns à côté des autres, tels des frères et sœurs de souffrance. Parfois jusqu’à l’overdose. Pour autant, passer à Visa pour l’image n’est pas une perte de temps. Il y a de vraies bouffées d’oxygène : comme ce travail de Ferhat Bouda sur les Berbères au Maroc et cette rétrospective de Michael Nichols sur la vie sauvage : A Wild Life. Ça conforte aussi sur la nécessité de marcher sur deux jambes, principe élaboré par Gandhi et repris par le mouvement Alternatiba : conjuguer contestation et proposition. Ou, dit autrement, offrir une information positive qui équilibre avec l’avalanche de mort et de misère déversée depuis des décennies par les médias « mainstream ». Celle-ci ne crée que du stress, qui engendre fuite, lutte, inhibition. Sentiment conforté par deux expériences vécues dans deux expositions durant ce festival. Face à des photos de pollution en Chine, un couple s’exclame : « On nous emmerde vraiment pour des conneries en France… Quand je vois ça… » Puis, un peu plus loin, une femme s’effondre dans les bras de son mari devant la dureté des photos. Des réactions qui ne participent pas au changement ! Je ne jette pas la pierre aux photographes. Je les pense sensibles et sincères dans leur envie de nous alerter et la nécessité de réagir en proposant ces images, de grande qualité par ailleurs.

© Ferhat Bouda

© Michael Nichols

Visa pour l’image est aussi une bonne occasion de se faire une piqûre de rappel des fondamentaux, comme la fonte des glaces, une réalité qui transforme déjà la vie des Amérindiens d’Alaska (Warm Waters. Les conséquences du changement climatique, de Vlad Sokhin). Ou de faire un cours de rattrapage sur des événements qui sont passés sous nos (mon) radars, telle la construction de l’oléoduc Dakota Access Pipeline qui bouleverse la vie des Amérindiens près de la rivière Cannonball, dans le Dakota du Nord (Standing Rock, de Larry Towell). Projet arrêté dans un premier temps par Obama, mais repris par Trump.

Bref, Visa pour l’image mérite une visite. Mais avec beaucoup de recul et un Kaizen dans la poche pour faire des pauses salutaires dans les lieux cools de Perpignan répertoriés dans les bonnes adresses du numéro de septembre-octobre 2017 et profiter des expositions du festival « off », comme celle, très belle, proposée par la librairie Torcatis.

 

Pascal Greboval, rédacteur en chef de Kaizen

 

© Pascal Greboval

© Pascal Greboval

© Pascal Greboval

© Pascal Greboval

 


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