Arts vivants

À Dunkerque, le dimanche, l’art explore les enjeux environnementaux



Débats, performances artistiques, concerts… d’octobre 2018 à juin 2019, la troisième édition des Dimanches des arts urbains bat son plein à Dunkerque. Une fois par mois, dans un ancien entrepôt portuaire, chanteurs, artistes et conférenciers se rencontrent pour interpeller le public sur les grands enjeux environnementaux. Cette saison, il est question de nos liens et dépendances au pétrole.

 

Texte : Marion Mauger – Photos : Patrick Lazic

 

Sur des bruits de motos entrecoupés d’un refrain de Diam’s, un homme s’enduit de vaseline noire en s’entortillant dans un vieux pneu. La performance violente et dérangeante de l’artiste Rémi Voche évoque ainsi l’or noir : cette substance qui a envahi notre quotidien et qui nous colle à la peau. Énergie, carburant, matière première et déchet, le pétrole est ici la manifestation gluante des grands enjeux environnementaux, sociaux et économiques mondiaux. Choqué et dubitatif, les yeux rivés sur l’artiste, le public reste ébranlé une fois la performance terminée. Mais dans le patio du Learning center Ville durable à Dunkerque, l’état de choc est vite rompu par l’arrivée des mélodies douces de Mathieu Boogaerts. Le chanteur au T-shirt rose détend progressivement l’auditoire qui se met timidement à taper dans ses mains pour l’accompagner.

 

 

Pour leur troisième édition, les Dimanches des arts urbains proposent une plongée culturelle dans le monde post-pétrole. En jouant sur la palette des émotions, à travers des contenus riches et diversifiés, cette manifestation s’est donnée pour objectif d’interpeller le public sur des sujets environnementaux. Ces émotions submergent parfois les artistes eux-mêmes, comme Mathieu Boogaerts qui interprète le récit inédit d’une biodiversité anéantie à un enfant : « Mes chansons ont vocation à formuler un sentiment intime qui est important à mes yeux. Donc lorsque je les chante pour la première fois, c’est toujours très émouvant. Cette chanson me touche tellement que je me suis mis à pleurer derrière mon micro et je n’ai pas pu la terminer… », confie le chanteur en sortie de scène.

 

Les émotions au service de la réflexion

Pétrole, réchauffement climatique, déchets plastiques, mais aussi villes durables, urbanisme écologique… tout au long de l’année, le Learning center Ville durable aborde des sujets liés à la transition écologique et énergétique à travers des conférences, des expositions et des performances artistiques. Pour créer des ponts entre la culture, la science, la politique et l’art, les Dimanches des arts urbains réunissent à chaque édition une grande diversité d’acteurs. L’an dernier, par exemple, il était possible d’assister à des conférences de personnalités engagées comme Cyril Dion, coréalisateur du film Demain, et d’Alain Damasio, auteur de science-fiction, tout en profitant d’un concert de Barbara Carlotti. Le tout autour des questions liées au réchauffement climatique. Cette année, on peut autant compter sur la présence du navigateur Yvan Bourgnon que sur celle de la chanteuse Emily Loizeau.

Gratuits et ouverts à tous, les Dimanches des arts urbains sont le fruit d’une collaboration entre le Learning center Ville durable, établissement public, et Pamela, l’association d’ingénierie culturelle dunkerquoise responsable de la programmation. « L’équipe de Pamela est vraiment indépendante, nous serions incapables de faire ce qu’elle fait, insiste Marnix Bonnike,  directeur du Learning center Ville durable. J’ai compris que ce que proposait Pamela permettait de nouer autrement des rapports avec le public. De manière détendue, autour d’un verre, ou au contraire un peu brutale, comme avec Rémi Voche, ou encore pleine d’émotions, comme avec Mathieu Boogaerts. » Une fois l’émotion passée et une salve d’applaudissements pour le chanteur à la fin de son miniconcert, pas question pour les spectateurs de rentrer chez eux.

 

 

Un petit buffet les attend pour échanger autant sur la qualité de la performance des artistes que sur les problématiques soulevées. Décontractés, les artistes eux-mêmes profitent de ce moment pour aller à la rencontre de leur public. « Je déteste rentrer chez moi après un concert, j’ai besoin de voir un peu les gens », confie Mathieu Boogaerts. Débarrassé de sa couche de vaseline noire, Rémi Voche se prête lui aussi au jeu. « Ces évènements valent tout autant par les rencontres qu’ils permettent que par le contenu qu’ils proposent. Les gens restent pour parler, la conversation avec les intervenants se poursuit en marge de la conversation publique. C’est un moment chaleureux », précise Samuel Lequette, programmateur et président de Pamela. Pour preuve, une bonne partie de la centaine de personnes présentes dans le public est restée pour ce moment de convivialité. Parmi elles, de vrais habitués, comme Aude, 42 ans : « Je suis déjà venue et j’aime bien les artistes. C’est toujours très détendu et les enfants peuvent jouer. La performance de Rémi Voche a beaucoup marqué ma fille. C’est important de sensibiliser. Le rôle de la culture est de nous émouvoir et de nous permettre de continuer à réfléchir. »

 

Un lieu de partage

À seulement dix minutes à pied du centre-ville, les évènements proposés par le Learning center Ville durable s’adressent en priorité aux locaux. « C’était vraiment un pari d’investir ce lieu. Mais je pense que si nous avions été en plein centre-ville, nous aurions eu tout autant de difficulté à faire venir le public ciblé, c’est-à-dire tous les citoyens de cette ville », assure Marnix Bonnike. Mais cette petite marche ne semble pas freiner les habitants, à l’image de Roland, 74 ans, un fidèle des lieux : « Je suis né à Dunkerque et je pense que ma famille est dunkerquoise depuis Louis XIV. Je viens régulièrement les samedis après-midi pour les conférences et les dimanches pour les spectacles. » Un succès auprès des locaux dont les organisateurs n’étaient pas certains au moment de la création des Dimanches des arts urbains. « J’étais un peu inquiet que l’on propose des évènements culturels au Learning center Ville durable. Nous sommes dans un centre de culture scientifique, technique et industrielle, nous parlons principalement de la ville et de la pollution à travers nos expositions », souffle le directeur. Et pour cause, la Halle aux sucres, ancien siège de la chambre de commerce et d’industrie de Dunkerque, est un symbole du passé industriel de la ville. En investissant ce lieu, le Learning center Ville durable a fait le pari de détourner cet ancien entrepôt portuaire pour en faire un lieu de partage et de réflexion sur les grandes questions écologiques. « Il y a un rapport humain qui s’installe. Notre mission, ici, c’est de donner envie de s’imprégner, de
comprendre et de débattre sur ce qui nous entoure », s’enthousiasme Marnix Bonnike. Malgré les inquiétudes, le public s’est réapproprié ce lieu emblématique de la ville pour échanger librement sur ce que pourrait être le monde de demain.


Pour aller plus loin
www.halleauxsucres.fr

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