Forêts

Des bûches de la main à la main



Tisser un lien direct entre propriétaires forestiers, sylviculteurs et consommateurs, voilà l’objectif d’une Amap bois bûche. Reportage dans la Drôme.

DRYADE

On sait le rôle précieux que jouent les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) dans le soutien à une agriculture de proximité. Un groupe de consommateurs signe un contrat avec un producteur. Chacun achète une part de la future récolte en début de saison et reçoit ensuite un panier de légumes hebdomadaire. Le travail du producteur est payé au prix juste et les amapiens ont accès à des produits locaux de qualité. Pourquoi ne pas procéder de même avec le bois ? C’est le pari lancé par Pascale Laussel, qui a créé l’association Dryade1 en 2011 dans la Drôme. À l’origine, un constat :

« La forêt occupe la moitié de la vallée de la Drôme. Pourtant, 80 % du bois bûche est acheté dans d’autres régions. Nous n’avons aucune autonomie énergétique alors que nous possédons la ressource, explique-t-elle. Pour la reconquérir et surtout redynamiser la filière bois locale, il faut impliquer le citoyen et ne pas laisser la forêt aux seuls forestiers. »

Car, aujourd’hui, dans ce département, des parcelles sont encore coupées à blanc pour vendre du bois à l’extérieur qui finit soit en combustible, soit en pâte à papier. Il devient nécessaire de repenser toute la gestion de la forêt. Dryade cherche à réunir des micro-propriétaires qui pour l’instant ne s’occupent pas de leurs parcelles ou laissent le champ libre à des industriels peu scrupuleux. L’association prône les coupes sélectives permettant de conserver les arbres d’avenir et donnant à terme du « gros bois » pour la construction. Pour le chauffage, il faut se limiter aux bois d’éclaircie ou issus d’arbres en mauvaise santé.

DRYADEBois bio

Deux Amap bois bûche ont vu le jour, à Crest et à Die. Elles impliquent au total deux cents personnes, propriétaires forestiers, sylviculteurs et consommateurs. « Sur le plan financier, chacun accepte de faire des efforts pour que le système devienne pérenne. Le propriétaire vend son bois moins cher, mais en échange sa parcelle est valorisée grâce à la gestion douce. Les amapiens en revanche le payent plus cher, mais la différence permet de rémunérer des sylviculteurs respectueux de la forêt. Quand le stère s’élève à 30 euros en coupe rase, il vaudra 50 euros chez nous. Malgré tout, il trouve facilement preneur. Ceux qui se chauffent avec un poêle sont prêts à mettre le prix s’ils ont l’assurance de recevoir au début de l’hiver un bois de qualité. Lors de la première coupe, les consommateurs se sont impliqués. Ils ont sorti le bois à la main, symbole de la chaîne humaine que nous voulons créer autour de la forêt », précise Pascale Laussel.

Dryade souhaite désormais accompagner de nouvelles Amap. Pour conserver une cohérence écologique, elles devront parvenir à s’organiser autour de pôles n’excédant pas 35 kilomètres. Dans la Drôme, déjà leader français de l’agriculture bio 2, on sent les prémices d’une nouvelle organisation autour du bois. La ville de Die par exemple est entourée de pins noirs et envisage de les utiliser pour le chauffage.

Mais sur le plan national, une gestion douce de la forêt peut-elle vraiment répondre aux besoins du marché ? Non, si l’on continue à envoyer le bois français dans les pays de l’Est pour le transformer en meubles ou en charpentes, qui nous reviennent à bas prix. Non si l’on développe des projets de chaufferies gigantesques qui vont irrémédiablement piller la ressource. Le chauffage au bois reste intéressant sur le plan local pour les communes forestières, mais il ne représente qu’une des solutions pour économiser les énergies fossiles ou sortir du nucléaire. On ne pourra se passer du scénario negaWatt qui vise d’abord à réaliser des économies d’énergie. En revanche, oui, la gestion douce permettrait de conserver une forêt de qualité et de créer des emplois locaux pérennes. Un vrai changement de paradigme.

1. Les dryades sont les nymphes protectrices de la forêt dans la mythologie grecque.

2. Dans la Drôme, 15 % des terres cultivées sont en agriculture biologique (source Corabio).

 

Par Stéphane Perraud. Extrait du dossier sur les arbres de Kaizen numéro 10 (septembre-octobre 2013).


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