Faire le tri dans ses idées reçues sur le recyclage



Quelles matières se recyclent le mieux ? Lesquelles favoriser pour vos achats ? Si les meilleurs élèves s’appellent verre, papier ou carton – ils ne sont pas dépourvus de conséquences environnementales. En bas de l’échelle : les emballages plastiques, déchets électroniques et les textiles.

# Recycler le verre : fausse bonne idée ?

Taux de recyclage record pour les bouteilles et les flacons en verre : en 2016, 86% de ces récipients étaient recyclés en France, d’après le rapport annuel d’Eco-Emballages. Naturel, imperméable, non-dangereux et recyclable à l’infini, le verre apparaît comme le choix numéro un pour l’environnement et la santé.

Si le processus de recyclage du verre est bien rodé, il est aussi extrêmement gourmand en énergie et en eau. Une fois collecté et trié, le verre subit une refonte à 1400°C avant d’être moulé en de nouvelles bouteilles et bocaux. « Le recyclage reste moins impactant que la fabrication de verre neuf, à partir de sable », nuance Jean-Charles Caudron, responsable du service Produit efficacité matière à l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie).

La consigne est morte, vive la consigne ? Abandonnée il y a plus de 25 ans, elle a laissé place au verre à usage unique. Vin, bière, jus de fruit, confiture ou sauce tomate : une fois vidés, les récipients en verre finissent aussitôt leur course à la poubelle. Or, une étude de l’ADEME estime, en 2018, qu’un système de consigne peut permettre une réduction de 65 à 85% de l’impact environnemental global de l’emballage en verre.

« La consigne a du sens sur des circuits courts »

Mais « le ré-remplissage du verre n’a de sens que sur des circuits courts », prévient Jean-Charles Caudron. En effet, sur une longue distance, le bilan de la consigne s’inverse en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, « il serait utopiste d’imaginer par exemple un système de consigne pour les bouteilles de vin français, expédiées dans le monde entier et dont la forme est spécifique à chaque vignoble. »

Si la généralisation de la consigne du verre n’est pas encore à l’ordre du jour, la réutilisation des contenants au niveau individuel est quant à elle possible, via des achats en vrac notamment.

# Carton recyclé : soupçons de contamination

Multiplication par sept de la consommation française de carton en 40 ans ! En cause : nos pots de yaourts, tubes de dentifrices, plats préparés et autres paquets de gâteaux, emballés, voire suremballés, dans les rayons des supermarchés. « L’essor du commerce en ligne multiplie aussi les cartons de livraison, de tailles souvent disproportionnées », souligne Jean-Charles Caudron.

Si papiers et cartons sont recyclés à 65%, c’est le cas de seulement 51% des briques alimentaires, mélanges étanches de carton, de polyéthylène et d’aluminium. Les premiers peuvent être transformés environ dix fois en nouveaux emballages, contrairement aux briques alimentaires, plus complexes à recycler. Le plastique et l’aluminium, qui représentent respectivement 20% et 5% des briques de lait ou de jus de fruit par exemple, sont en effet difficiles à séparer du carton pour être ensuite recyclés. Ces deux matières pourront servir à fabriquer des bancs publics ou du petit mobilier, sans pouvoir être recyclées de nouveau. On est donc loin de l’économie circulaire…

Potentiellement cancérigène ?

Autre point noir venu entacher la réputation du paquet en carton : il serait potentiellement cancérigène, révèle l’ONG Foodwatch en 2015. Les responsables ? Des huiles minérales toxiques, dérivées d’hydrocarbures, qui servent à la composition des encres et adhésifs des emballages alimentaires. Dans un avis de 2017, l’Anses, agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, a ainsi mis en garde consommateurs et industriels du danger de contamination des aliments. « Le risque est plus théorique que réel aujourd’hui, temporise Jean-Charles Caudron, de l’ADEME. Les procédés industriels ont été modifiés il y a plusieurs années pour les emballages cartons, aujourd’hui inoffensifs. Le seul danger serait la contamination du carton recyclé via le mélange dans une même poubelle des emballages et des journaux et magazines, qui utilisent toujours ces huiles minérales. »

# Le plastique : c’est pas automatique

Qui n’a jamais été confronté à cet instant d’hésitation face au déchet plastique : poubelle jaune ou poubelle d’ordures ménagères ? Car tous les plastiques ne sont pas recyclables. En règle générale, seules les bouteilles (soda, eau, huile…) et les flacons (lessive, shampoing ou liquide-vaisselle) sont acceptées dans les consignes de tri. Sur un million de tonnes d’emballages plastiques mis sur le marché, seules 235 000 tonnes sont effectivement recyclées – soit environ 20%.

De plus, les règles de tri ne sont pas les mêmes partout. Selon que vous soyez à Paris ou à Lille, les sachets individuels des goûters de vos enfants iront ainsi dans la poubelle jaune ou dans la noire. Alors, comment faire le tri dans toutes ces informations ?

Harmonisation des consignes de tri

Rassurez-vous : un vaste schéma d’harmonisation et d’extension de la consigne de tri à tous les emballages, quelle que soit leur matière, se déploie actuellement dans toute la France. « La nouvelle consigne est de mettre tous les emballages dans la poubelle jaune, même ceux qu’on ne sait pas encore recycler ! », explique Jean-Charles Caudron. D’ici 2022, tout le territoire sera concerné.

Objectif ? Eviter les erreurs de tri, tout en développant de nouvelles techniques de recyclage. En parallèle, « des engagements ont été pris pour éviter l’usage des plastiques qu’on ne sait pas recycler », ajoute l’expert. Et en attendant, le site ecoemballages.fr propose un guide en fonction des communes.

# Textiles : victimes de la mode

Bonne nouvelle : tous les textiles sont recyclables ! Une fois recyclé, votre ancien jean préféré deviendra, au choix et selon son état, un nouvel habit, un chiffon, du rembourrage ou de l’isolant pour le bâtiment.

Sur les 210 000 tonnes de vêtements et chaussures usagés collectés en France, en 2016, 60% ont été réutilisés par de nouveaux propriétaires, 40% recyclés et seulement 1% incinéré. L’avantage de ce système est double : il profite aux plus démunis et évite la fabrication de nouveaux habits, dont les impacts sur l’environnement et les hommes sont conséquents.

80% des vêtements jetés à la poubelle en Europe

La filière du textile, deuxième industrie la plus polluante et troisième la plus consommatrice d’eau, produit – et donc jette – énormément. Les Français achètent dix kilos de vêtements par personne et par an, mais seulement trois kilos sont récupérés. « Les gens n’ont pas tous conscience qu’on peut aussi trier les vêtements troués, tâchés et pas seulement ceux encore mettables », remarque Jean-Charles Caudron. En Europe, selon l’ADEME, 80% des quatre millions de tonnes de textiles usagés sont encore directement jetés dans la poubelle des ordures ménagères.

Face à l’essor du fast-fashion, ces vêtements aux prix défiants toute concurrence et sans cesse renouvelés, les textiles récoltés tendent à perdre de leur qualité. Difficiles à réutiliser et à valoriser, ils ont aussi moins d’intérêt à la revente face à des habits neufs et pas chers. « Les vêtements deviennent jetables, alors que leur impact environnemental et social est phénoménal. »

Pour connaître le point de collecte des textiles le plus proche de chez vous, direction « La fibre du tri ».

# Déchets électroniques : 30 millions de smartphones oubliés dans nos tiroirs

Les Français changent de mobile tous les 12 à 18 mois, malgré une durée de vie moyenne de plusieurs années. Ainsi, 88% des téléphones mis au rebut fonctionnent toujours. La Fédération Française des Télécoms (FTT) estime que 41% finissent oubliés dans un placard (ce qui représenterait tout de même 30 millions d’appareils), 22% donnés à un proche et seulement… 9% sont collectés pour être recyclés.

Le part des déchets électroniques recyclés est donc minime aujourd’hui. Transformés en alliages complexes, les minerais présents en très petites quantités dans les appareils sont difficilement récupérables – et seule une vingtaine sont recyclables à l’heure actuelle. « La filière de recyclage des déchets électroniques fonctionne très bien, précise Jean-Charles Caudron. Le vrai problème est qu’un grand nombre de consommateurs contournent la filière légale, en se débarrassant de leurs appareils dans la rue par exemple. »

Pourtant, les trois-quarts de l’impact environnemental d’un smartphone sont dus à sa fabrication. Nos téléphones sont composés de 40 à 60% de métaux, dont l’extraction, en plus d’être polluante, est très coûteuse en eau, en énergie… et en vies humaines. Aussi appelés « minerais du sang », l’étain, le tantale, le tungstène et l’or, qui composent nos appareils, alimentent l’instabilité dans les zones du Congo, de Chine et d’Amérique du Sud où ils sont exploités.

« Ai-je besoin de ce bien ? De sa propriété ? Voilà les vraies questions »

« Le recyclage ne justifie pas l’inflation de déchets, alerte Jean-Charles Caudron. Même si je recycle les 200 grammes de matériaux de mon smartphone, on ne récupérera pas les 70 kg de matières premières qu’a nécessité sa fabrication. Ce qui a le moins d’impact environnemental est ce que l’on n’a pas produit. »

Allonger la durée de vie de son téléphone réduit ainsi la quantité de ressources qui doivent être extraites de la terre pour fabriquer de nouveaux appareils. Les options sont nombreuses : réparer quand c’est possible, donner pour offrir une seconde vie, ou tout simplement résister à l’appel de la publicité… « Ai-je réellement besoin de ce bien ? De sa propriété ? Quel en sera mon usage ? Voilà les vraies questions que doit se poser le consommateur. »

Besoin de vous débarrasser d’un appareil électronique ? Suivez le guide sur le site Eco-Systèmes.

 

Marion Dugrenier


Voir aussi :

Conservation zéro déchet : vers quel emballage alimentaire se tourner ?

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