Pédagogie

Le scoutisme, mouvement des artisans
de la paix ?

© Oliver Ouadah

Souvent critiqué ou ridiculisé, le scoutisme est pourtant très éloigné de l’image vieillotte qui lui colle à la peau. Ecologie, solidarité, égalité de genre ou spiritualités, les jeunes sont invités à réfléchir sur leur époque. La Fédération de Scoutisme Français prône ici une mixité sociale, ouverte à tous, croyants ou non-croyants, sans distinction d’origines. 

Les scouts sont gentillets. Ils portent une chemisette et une culotte courte, sans oublier le béret et le fameux foulard. Rangés deux par deux, les scouts sont aussi disciplinés qu’un régiment militaire. Ces stéréotypes sur le scoutisme, Isabelle Dhoyer, les connait bien. Pour l’ancienne présidente des Éclaireurs et Éclaireuses de France (Éclés), l’image désuète du scoutisme vient de la multitude des structures avec l’appellation scout. « C’est ce qui trouble le paysage ! Toute personne qui veut créer une association d’éducation de jeunesse peut utiliser le mot scout. Parmi les nombreuses associations, il y en a de très traditionalistes. C’est pour cela que l’on peut encore croiser quelques scouts avec des uniformes marrons ou kakis qui datent d’une autre époque », sourie Isabelle, scout depuis plus de quarante ans.

Pour Marie Mullet, présidente des Scouts et Guides de France, cette image est en train de disparaitre progressivement. « A l’heure où la société s’interroge plus que jamais sur les questions de vivre ensemble, d’écologie, de responsabilisation, le scoutisme attire de plus en plus de parents qui cherchent une activité constructive pour leurs enfants. »  Entre 2012 et 2017, les scouts sont passés de 75 000 à 125 000 membres réparties entre les associations reconnues par la Fédération de Scoutisme Français : Les Scouts et guides de France, catholiques, mais aussi les Éclaireuses et éclaireurs de la nature, bouddhistes, les Scouts musulmans de France, les Éclaireuses et éclaireurs israélites de France, les Éclaireuses et éclaireurs unionistes de France, protestants, et enfin un mouvement laïque, les Éclaireuses et éclaireurs de France. Malgré leurs origines, ces six associations progressistes accueillent aussi bien des croyants que des non-croyants. Contrairement à la nébuleuse de petites structures traditionnalistes qui ne sont pas représentées par la fédération ; parmi elles, les Scouts et Guides d’Europe par exemple, un groupement non-mixte et catholique très conservateur.

© Éclés

La spiritualité au-dessus de la religion

Même si toutes les associations reconnues par la Fédération ont leurs particularités, elles partagent les mêmes valeurs de solidarité, d’entre-aide et de respect. Au nom de ces valeurs, chaque mouvement est ouvert. Chez les Scouts et Guides de France comme dans les autres groupes, se mélangent aussi bien des catholiques, que des musulmans et même des personnes athées. « Nous essayons de faire découvrir la religion catholique à tous nos membres, ceux qui croient, ceux qui ne croient pas et ceux qui croient autrement, explique Marie Mullet. C’est formidable que tous ces gens aient la curiosité de cheminer ensemble. Cela donne des moments vraiment sympas comme des dialogues inter-religieux entre les enfants. C’est vraiment puissant ».

Au-delà des différentes religions, le scoutisme est une initiation à la spiritualité. « C’est essentiel de développer leur esprit critique, de les inciter à se poser des questions, à comprendre pourquoi ils font ce qu’ils font. La spiritualité c’est un des fondements de la méthode scout », affirme Isabelle Dhoyer. Environnement, nouvelles technologies, bonheur, les scouts sont invités à réfléchir à de grandes ou petites questions du monde à travers des temps de réflexion collectives, mais aussi des jeux. « À l’école nous faisons moins de choses amusantes. Chez les scouts nous nous amusons tout le temps ! », témoigne Aïdan Gbadoé. Le louveteau de 10 ans a rejoint les Scouts et guides de France il y a deux ans. Séduite par la méthode, sa mère, a rejoint le mouvement en tant qu’encadrant bénévole en même temps que lui. « En passant par des activités ludiques et concrètes, les enfants apprennent des choses sans qu’ils ne s’en rendent compte. J’ai découvert en intégrant les scouts qu’il y avait un vrai projet pédagogique », se réjouit Vanessa Poisson, la mère d’Aïdan.

© Éclés

De l’individuel au collectif

Parmi les autres piliers de la méthode : le vivre ensemble et la nature. Loin des clichés survivalistes, le scoutisme ce n’est pas l’apprentissage de la vie à la dure. « Nous faisons camper les jeunes car cela à de nombreuses vertus pédagogiques. En s’organisant pour la vie collective, il s’agit juste d’apprendre à vivre tous ensemble. Lorsqu’ils intègrent la société, le vivre ensemble n’est plus un poids pour eux, ils l’ont assimilé. Je pense que ça réduit l’individualisme », éclaircie Marie Mullet, à la tête de la plus importante association de scoutisme en France, les Scouts et Guides de France, avec quelques 80 000 membres.

Pour assurer cet apprentissage de la vie en collectivité, le scoutisme mise aussi sur la coéducation. « C’est-à-dire, le fait d’éduquer ensemble les garçons et les filles. Mais pas seulement parce que nous sommes dans une époque qui dépasse le genre », précise Isabelle Dhoyer. En mélangeant les genres, les croyances et les origines, le scoutisme permet une grande mixité sociale. « Ce qui est fort dans le scoutisme, c’est que c’est un mouvement mondial avec l’ambition de réunir 100 millions de jeunes* d’ici quelques années. Cela créé une fraternité au sein de la jeunesse et il faut ouvrir ses espaces là, il faut ouvrir les esprits à ça. Ce décloisonnement-là devrait faciliter la construction d’un monde meilleur », s’enthousiasme l’ancienne présidente des Éclés.

Dans cet esprit, l’organisation mondiale du mouvement, a ajouté l’an dernier un nouvel élément à la méthode scout : agir dans sa communauté ou pour sa communauté. Suivant cette directive, les Éclés ont, par exemple, lancé le projet Alter-égaux. En coopération avec d’autres associations, il s’agit de mettre en place des initiatives locales remplissant les objectifs environnementaux de l’ONU. Les scouts interviennent aussi hors des frontières métropolitaines, notamment suite aux grandes catastrophes naturelles. À Saint-Martin par exemple, suite à l’ouragan Irma, les différentes associations se sont unies pour aider à la reconstruction et soutenir les sinistrés.

Pour Vanessa Poisson, le scoutisme peut aider son fils à « surmonter les épreuves de la vie pour devenir un artisan de la paix ». Comme elle, de nombreux parents se tournent vers le mouvement. A tel point que, victime de son succès, il devient de plus en plus difficile de satisfaire toutes les demandes. Même si pas moins de 2 500 camps scouts sont prévus cet été.

*De 7-18 ans environ, l’âge varie en fonction des différentes associations. Aucune limite d’âge n’est prévue pour s’engager bénévolement dans des projets.

 

Par Marion Mauger

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