Chronique de Cyril Dion

Leçons de politique footballistique



On est les champions. On a ga-agné. Bref, l’équipe de France de football peut désormais frapper son maillot d’une deuxième étoile. Le 15 juillet 2018 au soir, vingt ans après le premier orgasme footballistique tricolore, des scènes de liesse ont été observées partout sur le territoire. Un moment de fête national, populaire, parfois émaillé de violences, d’agressions sexuelles, de dégradations… qui a fait plaisir à beaucoup et qui nous prodigue, aussi, quelques leçons de politique.

Première leçon : nous avons besoin de moments pour être ensemble.

Ces déferlements spontanés dans les rues, ces personnes massées sur des places devant des écrans géants, montrent à quel point nous avons besoin de nous retrouver, de nous sentir les uns contre les autres, de trouver des prétextes pour partager des joies simples, collectives, pour célébrer… Autrement, comment expliquer que des millions de personnes qui ne se préoccupent guère du ballon rond le reste de l’année aient, avec tant de ferveur, participé à cette grande célébration sportivo-publicitaire ? Certes, le sport catalyse ce type d’émotions fortes, collectives, offre un mélange de coopération (entre les joueurs) et de compétition (entre les équipes) propice au spectacle, à la tension dramatique et, en cas de réussite, à l’exultation. Mais tout de même, des millions de personnes extatiques parce que onze jeunes hommes ont fait entrer plus de fois un ballon dans un rectangle agrémenté de filets que leurs adversaires, ça fait toujours un drôle d’effet.

Deuxième leçon : vandaliser pendant une manifestation c’est grave, un soir de finale, moins.

Dieu sait que nous avons entendu des responsables politiques récupérer le saccage du McDonald’s et de la concession Renault pendant la manifestation du 1er mai 2018 à Paris. Il y avait certes de quoi en parler, l’assaut fut très violent. Mais peu de cas furent faits – par ces mêmes responsables politiques – de l’ensemble des dégradations et violences qui ont eu lieu le soir de la victoire alors qu’elles sont non négligeables même si l’on peut arguer que, proportionnellement au nombre de personnes dehors, cela reste peu – trois morts, des centaines de blessés, des voitures incendiées, des magasins pillés, bon nombre d’affrontements entre des policiers et des personnes présentes sur les places des grandes villes… Jouer les trouble-fêtes un soir de liesse nationale, ce n’est peut-être pas bon pour la popularité…

Troisième leçon : la diversité un soir de finale (gagnée), c’est une richesse.

Dans une période où la question des migrations, des origines, fait tellement débat, où les frontières menacent d’être fermées, nous n’avons pas entendu les tenants de ces discours – votants ou politiciens – critiquer l’ascendance de cette équipe de France dont 14 joueurs sur 23 ont des origines africaines. Nous l’avons entendu de la part de Nicolás Maduro, et de son côté, Matteo Salvini a trouvé intelligent de s’appuyer sur la frustration des Italiens de ne pas avoir été qualifiés pour asseoir un discours de plus en plus ouvertement xénophobe. Heureusement, Barack Obama a proposé une lecture plus enthousiasmante, mettant en avant l’impérieux besoin de diversité et de respect mutuel dans une société. « C’est une vérité qui, si elle est appliquée, offre des bénéfices pratiques à la société : celui de pouvoir utiliser les talents et les compétences de toute sa population. Si vous doutez de cela, demandez à l’équipe de France qui vient de gagner la coupe du monde de football. Pour moi, ces gars ne ressemblent pas tous à des Gaulois. Mais ils sont français ! Ils sont français. »

En somme, et ce sera la quatrième leçon, le foot, c’est définitivement politique.

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