Parole de Pierre Rabhi

NDDL: Pierre Rabhi interpelle le ministre Hulot : « Nicolas, sauvegardons cet espace magnifique du vivant ! »

Pierre Rabhi à Monchamps ©Patrick Lazic

À quelques jours de la décision du gouvernement de valider ou non le projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’agriculteur-philosophe Pierre Rabhi nous alerte sur la nécessité d’une écologie de conscience…

Que pensez-vous du projet de Notre-Dame-des-Landes ?

Je rejoins totalement ceux qui protestent contre la création de l’aéroport car ma logique personnelle est que les terres nourricières doivent être préservées et non bétonnées à tord et à travers. Les aménagements de l’État devraient toujours apporter une attention au patrimoine naturel indispensable à la vie et à l’avenir.

Que pensez-vous de cette résistance citoyenne, notamment avec les zadistes, qui par leur présence sur les lieux, manifestent leur désaccord ?

Je serais parmi eux si j’en avais eu la possibilité ! Parce qu’il est évident que ces citoyens comprennent aujourd’hui qu’ils ont tout intérêt à préserver les éléments de la vie pour eux-mêmes, pour leurs enfants, pour l’avenir. Si nous ne comprenons pas cela, c’est laisser la planète livrée au profit. Car les excès de la finance sont une prédation légalisée qui peut confisquer à l’humanité, la nature qui est un bien que personne n’a créé. Or personne ne pourrait logiquement revendiquer son appropriation.

Pourquoi est-il selon vous important d’être présent physiquement et pacifiquement sur un lieu pour protéger la nature ?

Sinon comment faire ? Il faut bien marquer sa désapprobation. Cette protestation malheureusement, si elle n’était faite qu’avec des arguments que l’on enverrait à l’État, en disant “s’il-vous-plaît épargnez cette zone parce qu’elle comporte des richesses, c’est un patrimoine nourricier important, etc.”, l’État ne prendrait sans doute pas une décision en faveur de la nature… Car ce dernier est parfois complice des affairistes, qui obtiennent de lui ce qu’ils veulent.

Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, dont vous êtes un ami proche, est opposé au projet. Quel message lui adressez-vous?

S’il est opposé, je n’ai qu’un message à lui adresser, celui de ma reconnaissance et de mon amitié en lui disant : « Bravo Nicolas, tu es avec nous. On va peut-être arriver à sauvegarder cet espace magnifique du vivant, riche et fertile. » Sa place au gouvernement n’est pas facile, loin de là. On l’a vu avec le glyphosate. Il a le mérite de le faire quand même.

Mais, parce que l’écologie concerne tout le monde et je n’en démords pas, l’écologie doit être avant tout une conscience, plus qu’une posture politique. On a un système qui autorise toutes les destructions, toutes les pollutions, et seulement un petit secteur consacré à l’écologie. Pour moi les organisations internationales comme les COP par exemple, n’ont aucune portée : il n’y a pas à discuter, si ce n’est que nous devons la vie à la nature et que nous sommes nous-mêmes nature. Il faut absolument des lois strictes pour que le patrimoine naturel soit préservé et transmis aux générations futures.

Que pensez-vous de l’argument de désengorger l’aéroport de Nantes ?

J’en pense tout le mal. Il y aurait des statistiques à faire pour savoir, combien d’avions, de trains et de camions font les trajets. Pour moi, le véritable sujet est que s’il y avait une politique des produits consommés localement on aurait pas besoin de tous ces transports. Je plaide pour que chaque population, là où elle est, réponde avant tout à ses besoins fondamentaux, en particulier de se nourrir. Pour moi, ce projet d’aéroport est liée à des affairistes qui veulent gagner de l’argent et qui mettent en avant l’argument “nous créons des emplois”, etc.

Pensez-vous que des emplois peuvent être créés ailleurs, dans d’autres secteurs locaux ?

J’irai plus loin, car je remets en cause ce paradigme de l’emploi. Finalement, l’emploi, l’emploi, l’emploi… pour faire quoi ? L’activité des pays riches sert souvent à produire des choses qui ne servent à rien !  Or de quoi avons-nous besoin ? De se nourrir – et c’est prioritaire – de se vêtir, de se loger et de se soigner. Voilà les quatre exigences auxquels il faut répondre absolument. Ensuite, on peut se distraire avec des activités ludiques.

Dans ma culture d’origine, quand on se rencontrait on demandait : « Est-ce que tu vas bien ? Et on répondait “Dieu merci, j’ai ce qu’il faut”». Il n’y a rien de plus beau. Les gens ne voient pas que lorsqu’on mange à sa faim, qu’on est abrité et en bonne santé, nous avons ce qu’il faut. Or on ne peut jamais aboutir à la satisfaction si on se focalise sur ce que l’on n’a pas. Et dans ce cas, tout est superflu, les voitures doivent être comme ci, comme ça, alors que ce n’est qu’un outil qui doit m’amener d’un point à un autre en sécurité. On entre alors dans une sphère de besoins qui ne sont pas vitaux, qui sont des besoins de représentation…

Propos recueillis par Sabah Rahmani

 

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