Énergie

Nuremberg, vers une métropole écologique

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Avec ses 1,5 million d’habitants, la très grande métropole de Nuremberg, dans le Nord de la Bavière, est aujourd’hui considérée comme un modèle de durabilité en Allemagne. Quels sont les secrets de sa transition écologique ? Peter Pluschke, adjoint au maire de la ville de Nuremberg, responsable de l’environnement et de la santé, nous dévoile les grands axes de cette conversion.

Quelles sont les points forts de votre modèle écologique ?

Nous sommes très connus en Allemagne pour être leader dans le secteur du bio et de l’énergie renouvelable. Nous avons un programme de soutien de l’agriculture biologique régionale qui nous permet d’être à presque 15 % de production en bio en surface cultivée, avec l’objectif d’atteindre les 20 % en 2020. Le secteur pharmaceutique à base de plantes médicinales, comme l’entreprise Bionirica, et les produits cosmétiques naturels sont aussi très encouragés. Mais l’initiative qui identifie le plus notre engagement écologique est la transition énergétique que nous opérons dans la région.

Quelles sont les modalités de cette transition ?

Nous avons plusieurs volets d’efficacité énergétique. Le premier porte sur la réduction de la consommation d’énergie dans les structures publiques comme les hôpitaux, les écoles, les éclairages urbains, les thermes, etc. Nous sommes à 30 % d’économie !

Ensuite, nous travaillons sur le développement des énergies renouvelables à partir de trois grandes sources : la première est la production de chaleur grâce à la biomasse générée par la combustion de bois de forêts renouvelables et au biogaz produit par le traitement des eaux usées. Cette biomasse représente plus de 32 % de notre énergie. La deuxième source est issue du solaire thermique et photovoltaïque, et la troisième des éoliennes. En Allemagne, l’évolution de l’éolienne a suscité un grand débat et les politiques nationales ont privilégié les régions de la côte, près de la mer. Nous avons donc dû arrêter de développer cette source d’énergie. Aujourd’hui, 37 % de l’électricité de la ville de Nuremberg est produite grâce aux énergies renouvelables. [La moyenne nationale en Allemagne est de 32 %, et de 20 % en France.]

Comment avez-vous entamé cette transition énergétique ?

Si le premier changement énergétique a été initié par la politique nationale, aujourd’hui, une bonne partie de la population soutient la démarche. Il est très intéressant d’observer qu’en Allemagne, et notamment dans notre région, de nombreuses associations et des citoyens ont développé leurs propres énergies éoliennes et photovoltaïques. Le poids et l’engagement des associations sont assez forts et représentent un facteur très important pour le lancement de toute transition.

Nous avons actuellement dans notre région plus de cinquante mille producteurs particuliers d’électricité qui créent de l’énergie à partir du thermique, du photovoltaïque, d’un peu d’hydraulique et de géothermie dans leur propriété. Ils alimentent en premier leur domicile, pour ensuite redistribuer l’énergie dans toutes les régions et même alimenter une partie de la ville centrale. Plus de 30 % des énergies éoliennes et photovoltaïques sont produites par les citoyens.

Potager urbain à Nuremberg

Est-ce né d’une volonté citoyenne ou d’un encouragement politique ?

C’était vraiment une volonté et une initiative de la population au départ, à tel point qu’aujourd’hui, même les partis très traditionnels ont changé d’avis et ont une vision positive de la transition énergétique.

Y a-t-il eu des subventions pour aider les citoyens ?

Non, mais pour le règlement des prix de l’électricité, les associations ont réussi à s’impliquer afin d’assurer un prix fixe pour une période de vingt ans, permettant ainsi aux tarifs de ne pas augmenter.

Quel est le plus difficile à mettre en place dans cette phase de transition ?

Financer l’arrêt du nucléaire, car cela coûte très cher. Il faut aussi financer la décarbonisation en Allemagne et faire évoluer le système de transport d’électricité depuis les centrales, pour l’adapter aux énergies renouvelables. Actuellement, notre région est très soutenue par l’Union européenne pour favoriser la décentralisation de l’électricité et décarboniser l’énergie.

Êtes-vous considérés comme un exemple à suivre dans le pays ?

On essaie, mais ce n’est pas facile. Je pense que nous sommes connus du grand public, parce qu’un peu rebelles (rires) ! Notamment en ayant développé la distribution de l’électricité alternative grâce aux nombreux producteurs particuliers.

Êtes-vous en lien avec d’autres régions ?

Oui, car nous pensons que la coopération régionale est très importante, et qu’il faut se coordonner. Les grandes villes ont besoin des plus petites, des villages et des régions agricoles.

Nous sommes également en train de créer un réseau de villes bio à l’échelle européenne avec de grandes villes comme Vienne, Copenhague, Paris, etc.

 

Propos recueillis par Sabah Rahmani

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