Dois-je être un naturaliste pour observer la nature avec mes enfants ?

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Aller à la rencontre de la nature fascine les enfants et leur offre de multiples clefs pour comprendre le monde. Vous n’êtes pas naturaliste ? N’ayez crainte ! Nous avons chacun notre vision de la nature, et cela ne doit pas nous empêcher d’aller à la rencontre de ses habitants.

Si les textes scientifiques sont pratiques et restent indispensables pour nous aider à garder un esprit critique, ils n’empêchent nullement toute autre approche, au contraire. Surtout lorsqu’il s’agit d’élever des enfants dans un monde habité par des non-humains divers et nombreux qui sont autant d’occasions de faire des rencontres bluffantes, rares et mémorables ! 

Règle no 1 : on se détend

« Papa, maman, c’est quoi cette bête ? Euh… » Est-il utile de savoir nommer les espèces ? Aucun naturaliste ne connaît le nom exact de tous les oiseaux, papillons, fleurs, abeilles, libellules… Les êtres vivants sont trop nombreux. Même en France, la biodiversité est très diversifiée. Les oiseaux ? Il en existe plus de 400 espèces. Les abeilles ? 1 000. Les fleurs ? Plus de 1 500. Les papillons ? 5 000. Et ainsi de suite. Les entomologistes – les spécialistes des insectes – peuvent passer des heures à observer une mouche avec une loupe puissante pour savoir s’il s’agit de telle ou telle espèce. Côté oiseaux, les ornithologues recherchent des critères d’identification pendant de longues minutes derrière leurs longues-vues, leurs jumelles et leurs guides. Pourquoi ? Pour différencier parfois… deux goélands ! Ce sont des professionnels ; à quoi bon rivaliser ? À moins de se former durant de longues années, il est presque vain de vouloir pouvoir répondre à son enfant : « C’est un goéland leucophée. » D’ailleurs, une fois que l’on a cette information, nous voilà bien avancé. Il est leucophée, et alors ? En revanche, que fait-il dans le coin ? Que mange-t-il ? Où dort-il ? À quoi passe-t-il ses journées ? A-t-il peur de nous ? Est-il vieux ? Mieux, on pourra imaginer que c’est un Breton volant, et qu’il habite, comme nous, à Saint-Brieuc. Qu’il fait plein de choses, comme faire des crottes, voyager, élever ses enfants, se reposer, crier… Ces observations singularisent et individualisent les habitants de la nature. Un criquet n’est plus une bestiole, mais « le criquet capturé dans la prairie de mamie, tu sais, celui qui avait du rouge sur les pattes ».

Règle no 2 : on ose

Comme les enfants, nous débutons. Une bestiole ? Argh ! Par où commencer ? Je n’y connais rien, moi ! Aucune importance, rappelons-nous que c’est la rencontre qui importe, alors rencontrons. Pour commencer, approchons, tripotons, capturons… Et si ça pique ou si ça mord ? Pas grave, aucune bestiole n’est dangereuse, excepté pour les personnes allergiques aux abeilles ou aux guêpes. Un ver, un mille-pattes, un cloporte, une grenouille, un scarabée, un orvet, un criquet, un lézard, une punaise, un serpent… toutes ces bêtes – on laisse la vipère de côté ! – s’observent facilement ou se capturent délicatement. On apprend vite à manipuler une bête, à reconnaître celles qui mordillent, qui fuient en courant ou en se laissant tomber dans les herbes. Une fois capturée, on la regarde dans les yeux, on l’observe et on parle de tout. Elle court, elle vole, elle saute… Idéalement, une petite loupe dite de botaniste nous permettra d’entrer davantage dans son intimité. Un criquet saisit délicatement entre les doigts et observé avec un grossissement x 10 devient un être totalement méconnaissable : un individu au regard troublant, à la bouche faite d’une multitude d’éléments, aux antennes annelées, aux poils variés tout le long du corps, aux petites griffes au bout des pattes…

Certaines petites bêtes sont protégées par la loi, parce que rares : relâchez-les délicatement dans leur habitat naturel.Quant aux oiseaux, trop facile, ils sont partout. Même dans le jardin, où l’on (re)découvrira par exemple une pie, oiseau dont l’intelligence est proche de celle des grands singes. Bien penser à laisser les enfants regarder n’importe lequel, et pas seulement celui qui, pour nous ou pour un guide, est rare. Un rouge-gorge familier a des histoires remarquables à nous raconter : c’est une petite fée toujours présente autour de nous. Il suffit d’apprendre son chant – et uniquement celui-là, sinon on s’embrouille avec les autres – pour qu’elle soit encore plus présente dans notre quotidien.

Les grands animaux ? De la même manière, il suffit d’aller à leur rencontre. Ils sont partout, y compris en ville où rats, surmulots, fouines et renards traversent les rues et les jardins. Les autres sont un peu plus loin, mais on peut croiser un cerf à 30 minutes de Paris. Voire un sanglier, un chevreuil ou un renard, en restant simplement assis à l’orée d’une forêt ou d’un champ. Retenons qu’ils se méfient de nous, de notre odeur, et qu’ils apprécient nos allées, faciles à explorer, les lisières de forêt, et qu’ils sont routiniers, d’où leurs sentiers bien marqués. Vous n’avez rien vu ? Revenir bredouille fait partie du jeu, et cela rendra la prochaine rencontre encore plus belle !

Règle no 3 : on prend sur soi

L’animal sauvage est inoffensif, surtout eu égard aux statistiques. Oublions les histoires de sangliers qui chargent, de vipères tueuses, de loups mangeurs d’être humain, de frelons foudroyants, de crapauds à verrues, de trolls farceurs… En France, la foudre, avec une quinzaine de morts par an, est bien plus à craindre que les animaux sauvages ! Les immensément rares cas de morsures ou de menaces sont si anecdotiques qu’ils peuvent être oubliés. L’exception n’est surtout pas la règle avec nos amis des bois. Dormir à la belle étoile au cœur d’une forêt est l’expérience la plus sûre et la plus magique qui soit (voir encadré).

Règle no 4 : on sort

Découvrir la nature, la ressentir et la vivre, c’est sortir. Aucune autre expérience ne remplace les sensations et les rencontres que nous apporte une sortie. À deux, à trois, en famille complète, ou parfois en groupe, les animaux nous attendent. Ce n’est pas la balade digestive du dimanche – quoique… –, mais une exploration, un temps alloué, une aventure. Courte, diurne, longue, nocturne, peu importe. Une sorte de mini-expédition.

Conclusion

Nous n’avons pas tous cette intelligence dite « naturaliste », et nos passeurs de nature ne sont pas toujours des ornithologues ou des entomologistes. Au contraire, ceux qui nous ouvrent le mieux les portes de la nature sont souvent ceux qui n’ont pas d’idées préconçues : un grand-père conteur, une tante curieuse ou un animateur de colo qui fait de la musique avec une tige de pissenlit. Chaque enfant voit la nature à sa façon, il suffit de l’y conduire et de le laisser la découvrir comme il le ressent. Vive, non pas la science, mais les sens !

Préparer sa sortie

Dans un premier temps, ne pas oublier de séduire les enfants : « On va partir à l’aventure… ». Ensuite, les impliquer dans la préparation. Sur une carte, identifier le parcours et les lieux d’observation. Lister le matériel nécessaire : la carte gribouillée, des en-cas, des gourdes, une lampe frontale si la nuit tombe, de quoi faire des photos ou filmer, le matériel d’observation dont on dispose (livres, jumelles, loupes, petites boîtes…). L’aventure peut commencer. Prévoir un plan B : un livre d’activités de plein air, du land art, un cours d’eau à explorer, une ferme à visiter, une chasse au trésor, une cabane à fabriquer, une tyrolienne à monter…

Dormir dehors avec des enfants ?

Rien de plus facile, il suffit de laisser ses appréhensions à la maison et d’aller dans la forêt d’à côté, ou au milieu des champs à la sortie de la ville. Matériel nécessaire : un sac de couchage, et une tente si la saison est fraîche, un dîner et un petit déjeuner, des gourdes, une lampe frontale et un couteau pour tailler un morceau de bois, couper une ficelle… S’il reste de la place, prendre des livres et faire une lecture de contes, mais, attention à ne pas faire peur aux enfants avec des histoires à dormir debout ! C’est tout ! Ensuite, on observe le ciel et on écoute les sons, parfois nombreux. Un animal s’approche ? Peut-être… Mais il repartira dès qu’il nous aura repérés. Prêts ?

Texte et photos : François Lasserre

Pour aller plus loin, retrouvez l’article avec plus d’informations dans le Kaizen n° 20  


Quelques livres

Marc Duquet, Où voir les oiseaux en famille : 28 sites incontournables, Delachaux et Niestlé, 2011, 160p.

François Lasserre, J’observe les insectes !, La Salamandre, 2014, 140 p.

Marc Pouyet, Artistes de nature : pratiquer le land art au fil des saisons, Plume de Carotte, 2014, 167 p.

Faire des sorties nature

www.fetedelanature.comwww.fcpn.orgwww.fne.asso.fr/fr/federation/3000-associations.html

Partager ses découvertes en ligne

www.lestaxinomes.org


Lire aussi : Éduquer à la découverte des habitants de la nature

Lire aussi : À la rencontre des insectes avec François Lasserre

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3 commentaires

  1. Lilian

    Bonjour.
    Je ne suis pas du tout d’accord avec vous : il ne faut surtout pas capturer les animaux que vous rencontrez. Ces captures entraînent un stress inutile et néfaste pour eux. De plus, certaines espèces sont protégées, et il est illégale de les capturer, même pour les relâcher immédiatement. Enfin, même s’ils ne sont pas tous mortels (attention aux vipères qui le sont si le cas n’est pas pris en charge rapidement par un medecin), certaines morsures / griffures sont très douloureuses et dangereuses (Des personnes ont déjà perdu des doigts en tentant de capturer certains rongeurs …).

    En somme, il est très bien d’observer, mais la capture est interdite, néfaste pour les animaux et dangereuse certaines fois. Donc on touche avec les yeux seulement !

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    • Fouasson

      L’éducation passe avant tout par la curiosité et le partage dont les enfants sont naturellement friands. Notre environnement est un merveilleux champ de découverte. Toutefois, la préhension et manipulation de petits insectes sont délicates (aile froissée, patte abimée, corps compressé ….) et irréversibles. (c’est le travail de l’entomologiste) Les yeux doivent être les seuls outils à utiliser. Je suggère cependant, d’utiliser l’appareil photos (je fais de la macro) pour aller plus loin dans l’observation et permet d’élargir de nouveaux horizons passionnants.

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