Rosângela Corrêa : « La richesse de la nature, c’est la biodiversité. La richesse des êtres humains, ce sont les cultures. »

Aujourd’hui commence le 12e Forum social mondial, à Montréal. Rencontre avec Rosângela Corrêa, anthropologue brésilienne et professeur à l’université de Brasília, qui a participé au tout premier Forum, en 2001, au Brésil. Ce rendez-vous altermondialiste – qui continue de réunir des dizaines de milliers de personnes du monde entier – est, selon elle, toujours aussi nécessaire pour construire un autre monde, « ensemble ».

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Montréal, 9 août 2016. Avant de franchir les portes du 12e Forum social mondial, je vous propose un petit retour en arrière en compagnie de Rosângela Corrêa.

Rosângela Corrêa

© Pauline Cabirol

Brésil, 25 janvier 2001. Rosângela Corrêa, professeur d’anthropologie à l’université de Brasília, arrive à Porto Alegre après 35 heures de bus. Ce qui l’a motivée à faire un aussi long voyage ? Une invitation au premier Forum social mondial. Quinze mille lettres avaient été envoyées à des ONG et représentants de la société civile pour former une délégation. Et parce que Rosângela croit en cette possibilité qu’ensemble, un autre monde est possible, elle avait accepté.

Très engagée, elle avait refusé de se soumettre pendant les années de dictature militaire qui marquèrent le Brésil de 1964 à 1985. Imprégnée par l’héritage du grand pédagogue brésilien Paulo Freire, pour qui l’éducation est facteur d’émancipation face à toute forme d’oppression, elle enseignait avec exigence pour titiller les consciences de ses élèves, les bousculer, les faire réfléchir afin que chacun s’engage, à sa manière. En 2001, au premier Forum social mondial, elle comprend que d’autres partagent ses utopies. Sa conviction qu’il est nécessaire de garder espoir, quelles que soient les circonstances, trouve des échos et se renforce tout au long de ce Forum. Elle rencontre des gens qui, comme elle, s’engagent pour un monde meilleur aux quatre coins de la planète. S’ensuit un tournant. Ces moments si nourrissants et constructifs, ces connaissances, elle veut les partager avec tous.

Un musée virtuel pour sensibiliser le plus grand nombre

« La richesse de la nature, c’est la biodiversité. La richesse des êtres humains, ce sont les cultures », explique cette habitante du Cerrado, vaste savane représentant 22 % de la superficie du Brésil. Cette région arborée recèle à elle seule 5 % de la biodiversité planétaire. Pourtant, c’est une richesse en perdition, notamment du fait de l’agriculture intensive, qui engendre de la déforestation et participe au réchauffement climatique. Alors, quelles actions mettre en place pour sensibiliser à l’importance de sauvegarder cette terre ? Peu à peu, l’idée d’un musée virtuel accessible à tous émerge dans l’esprit de Rosângela Corrêa. Le concept n’est pas nouveau au Brésil, il en existe déjà plusieurs, comme celui des sciences et technologies de l’université de Brasília.

L’université où Rosângela enseigne se dégage peu à peu d’un entre-soi universitaire pour s’ouvrir à un plus large public et soutient son projet. Que l’on soit originaire du Cerrado ou habitant du Burkina Faso, on pourra visiter le Museu Arqueologico e Historico do Planalto Central (Musée archéologique et historique du Plateau central) pour peu que l’on ait une connexion à Internet. Il valorisera la contribution de chacun. Géographe passionné de cette province, étudiant en ethnologie y ayant réalisé une monographie, habitant engagé ou compositeur de chansons sur cette région, tous pourront mettre en ligne leurs réalisations. En quelques mots : favoriser l’intelligence collective ! « C’est la plus grande œuvre de ma vie », confie Rosângela Corrêa, le sourire aux lèvres. Inauguré en ce début d’année, ce musée ouvrira ses portes virtuelles très prochainement.

Quant à la nécessité du Forum social mondial, Rosângela n’a pas de doute : « Le Forum est nécessaire pour ce partage et cette résistance humaine ! Pour l’impact que cela produit chez chacun. Pour toujours garder espoir, quelles que soient les circonstances. Pour ce que cela fait grandir en chacun afin de poursuivre la construction de cet autre monde qui n’est possible qu’ensemble. »

Je suis maintenant à Montréal. Le Brésil est à quelques latitudes. Il y en a eu des Forums, depuis ce tout premier en 2001. Aujourd’hui, j’imagine chaque participant, avec son histoire, sa pépite sur ce qui se fait ici, là et ailleurs. Me reviennent en mémoire ces vers du poète et chanteur brésilien Rául Seixas, que m’a fait connaître Rosângela : « Un rêve qui se rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve… Mais un rêve qui se rêve ensemble devient réalité. »

 

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Pauline Cabirol

© Kaizen, construire un autre monde… pas à pas

 


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