Énergie et Solidarités

L’Ecoquartier des Mureaux, pour mieux vivre ensemble



Du béton à la verdure, la zone urbaine sensible des Mureaux se mue en écoquartier modèle ! Parmi les 147 EcoQuartiers labellisés en France l’an dernier, la ville des Yvelines est l’une des plus audacieuses. Pionnière en la matière, elle réussit à désenclaver des quartiers, recréer du lien social et de la mixité, tout en revalorisant écologie, énergie renouvelable et culture. Reportage.

Le bruissement d’un ruisseau et les chants de mésanges qui se perdent dans les arbres pourraient faire croire à un village de campagne. Au cœur de la ville des Mureaux, dans les Yvelines, la « Zone Urbaine Sensible » a fait peau neuve. « Aujourd’hui, on respire mieux et surtout on voit le ciel ! », s’exclame avec satisfaction Adoulaye Sarr, jeune habitant et médiateur. Depuis 2006, 70 hectares d’espaces bétonnés ont été transformés en écoquartier, labellisé en décembre 2017 par le Ministère de la Cohésion des territoires avec la plus haute distinction « étape 4 : EcoQuartier vécu et confirmé ». Une récompense rare, puisque seules cinq villes l’ont reçue en France. Le but du projet ? Recréer une harmonie écologique, énergétique, culturelle et sociale.

En quelques années, le visage de six quartiers sensibles de la commune a en effet radicalement changé. « L’écoquartier a créé un cadre de vie idéal, avec du calme et de la verdure », s’enthousiasme lui aussi Diane Sory, 47 ans, médiateur au sein de l’association Réciprocité. Un défi dans ces cités qui regroupent la moitié des 31 700 habitants de la ville, sur 25% du territoire urbanisé. Dans un contexte socio-économique complexe, entre précarité, manque de perspectives d’emploi chez les jeunes et délinquance, le sentiment d’abandon était fort. « C’est devenu beau et agréable à vivre. Avant, mes enfants ne voulaient pas quitter Aubervilliers pour rester avec leurs copains, mais quand ils ont vu le projet de nouveau quartier ils ont bien voulu déménager, uniquement pour venir ici », témoigne amusé Abdelouahed Bergui, 54 ans, employé à la préservation des espaces verts pour la mairie.

Le Rû d’Orgeval traverse l’écoquartier sur 500 mètres. © Anissa Duport-Levanti

Une trame verte pour se reconnecter à la nature

Au pied des immeubles, transats et petits ponts en bois suivent le cours du Rû d’Orgeval. Pour la plus grande joie des habitants, ce petit affluent de la Seine a aujourd’hui retrouvé sa place sur près de 500 mètres, après avoir été enterré et relié au tout-à-l’égout des grands ensembles des années 1950. La priorité n’était à l’époque pas à la verdure mais au logement des 25.000 employés de l’usine Renault-Flin toute proche. « Le bruit de l’eau amène de l’apaisement », se réjouit Abdelouahed Bergui. Pour récupérer les eaux de pluie, une noue – petit fossé végétalisé – permet le stockage et la filtration de l’eau avant qu’elle ne rejoigne la nappe phréatique.

Face au ruisseau, 4.000 m² de jardins partagés permettent aux habitants de se reconnecter avec la terre. Ici fruits et légumes de toutes sortes, courgettes, tomates, carottes, herbes aromatiques, etc., sont cultivés pour compléter les courses du quotidien. À quelques pas de là, un parc de plusieurs hectares a été créé pour remplacer deux barres d’immeubles. Une initiative elle aussi saluée par Abdelouahed Bergui, dont les yeux brillent comme ceux d’un enfant : « On y fait des barbecues, des pique-niques, les petits y jouent au ballon et on participe aussi à la fête des voisins ! ». Cet espace de verdure a vocation à s’entendre sur près de 7,5 hectares pour former une trame verte jusqu’au centre-ville et relier la Médiathèque, le Fablab, la gare et les autres futurs écoquartiers, dont les travaux seront lancés en 2019. Le Rû d’Orgeval pourrait couler le long de cette voie verte de 5 km qui traversera un jour la ville jusqu’à la Seine.

De nouveaux immeubles d’habitations écologiques et basse consommation. © Anissa Duport-Levanti

Désenclaver pour favoriser la mixité

Le Projet de Rénovation Urbaine (PRU) signé en 2006 a également vocation à changer les modes d’habitation pour recréer du lien. Grâce à un budget 409 millions d’euros*, qui en fait le troisième plus gros PRU de France, la mission pour désenclaver les quartiers sensibles semble accomplie. En témoigne la disparition emblématique de la Tour Molière de 18 étages qui régnait sur le grand ensemble. Tout un symbole, qui a marqué l’esprit des habitants : « Elle était juste là, sur cette butte et écrasait tout », se souvient Abdelouahed Bergui. D’autres on suivi afin de libérer l’espace : « Nous avons démoli les barres les plus longues et les plus anciennes. Alors vous imaginer en voyant celles qui restent, l’état de vétusté dans lequel elles étaient…», raconte un représentant de la mairie qui pointe les anciens bâtiments grisâtres.

Depuis le début du projet, 1 108 logements des grands ensembles ont été démolis, et 520 ont été reconstruits sur site dans de jolis immeubles modernes rouge-orangées. Conçus en basse consommation et alimentés par des panneaux solaires sur les toits, ils mêlent logements sociaux, dans une ville qui en compte 46%, et logements à vendre pour favoriser la mixité.

Les espaces publics autour des bâtiments étaient auparavant détenus par des bailleurs privés, jusqu’aux rues entre les immeubles qui formaient des impasses, cloisonnant des quartiers déjà enclavés. Après tractations, ils ont été rachetés un euro symbolique par la ville, qui a recréé 12 rues sur 25 hectares d’espaces publics afin de reconnecter les habitants entre eux.

Le Pôle Molière © Mairie des Mureaux

Rassembler autour de la culture et du sport

L’écoquartier vise à aussi recréer du lien social et de la mixité entre les résidents des Mureaux, notamment autour d’espaces culturels et sportifs. Le Pôle Molière, érigé en lieu et place de l’ancienne tour du même nom, a pour vocation d’être un lieu de rencontre et de partage. Tout un symbole… Complexe à énergie positive, il produit plus d’énergie qu’il n’en consomme et sert les objectifs écologiques, énergétiques, culturels et humains de l’écoquartier.

Dans le Pôle, une centaine d’enfants du quartier vont à la crèche, à la maternelle et à l’école élémentaire, et au centre de loisirs hors des périodes scolaires. Pour déjeuner, ils se rendent au réfectoire « parasol », pensé comme un espace pédagogique sur l’équilibre alimentaire et le tri des déchets. Les cantiniers y préparent des repas faits maison, dont un repas bio par semaine.

Des passerelles en bois permettent aux écoliers d’accéder directement aux trois espaces culturels et sportifs, qui regroupent un gymnase, une salle de spectacle, une salle informatique, une salle d’arts plastiques et de création, une salle de jeux, et les permanences de différentes associations. Des équipements accessibles à l’intégralité des habitants de la ville, lorsque les scolaires ne les utilisent pas. De nombreux lieux sont ici à double emploi, comme la cantine qui peut servir de salle de spectacle ou les cours de récréation transformées en espace yoga de plein air lors des beaux jours. «En général, la plupart des équipements publics sont sous-utilisés, d’où l’idée de faire du Pôle Molière, un lieu d’attraction pour que les gens des différents quartiers se retrouvent, échangent et fassent des choses ensemble », explique-t-on à la mairie. « Je viens ici pour la première fois faire du sport. Je ne serais jamais venue dans le quartier il y a quatre ans, mais maintenant ça a changé, c’est vraiment beau et c’est vrai que cela crée de la mixité », confie une septuagénaire.

Une réussite qui profite à tous et qu’Abdelouahed Bergui observe au quotidien : « Depuis que le Pôle est là, les jeunes ne trainent plus en bas des immeubles, ils ont des choses à faire maintenant, ils jouent, ils font du sport, ils s’occupent ». Une concertation avec les habitants à l’occasion des « Jeux Murolympiques » en 2016 a également permis de construire un espace de musculation en plein air fréquenté par les jeunes de l’écoquartier.

La municipalité a la volonté de reproduire ce modèle dans le reste de la ville où de nouvelles initiatives ont vu le jour comme une épicerie et une librairie solidaires. Aujourd’hui des urbanistes, des représentants de comité interministériel et de collectivités locales des villes voisines, viennent régulièrement visiter Les Mureaux pour essaimer ailleurs. Un modèle précurseur qui pourrait changer le visage des quartiers sensibles en France.

*Un projet financé par l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine, la ville des Mureaux et des bailleurs privés.

Anissa Duport-Levanti

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