Alimentation et Économie & Gouvernance

José Bové : « Désormais les paysans bio détermineront les variétés de leurs semences »

José Bové

Jeudi 19 avril, les eurodéputés ont voté l’application de la nouvelle réglementation pour l’agriculture biologique. Contrôles plus stricts sur les importations, nouvelle réglementation pour les semences bio, réduction des coûts de certification pour les plus petits agriculteurs… Le point avec José Bové, député européen Europe Ecologie Les Verts.

Qu’est-ce que la nouvelle réglementation pour l’agriculture biologique va changer ?

Le premier point concerne les importations. Désormais elles devront suivre la réglementation européenne : l’Europe n’acceptera pas l’entrée de produits fabriqués en fonction de cahiers des charges fantaisistes. Il y aura une surveillance à la fois dans les pays de départ et à l’arrivée en Europe pour renforcer clairement le contrôle de la filière et empêcher le faux bio.

Le deuxième élément porte sur le renforcement du lien au sol. Ce fut une vraie bataille avec des pays comme la Hollande qui voulait que l’on puisse faire du bio hors-sol, dans des bacs. Aujourd’hui, le lien au sol a été vraiment réaffirmé, même s’il existe encore des dérogations pour quelques pays au nord du cercle arctique, comme la Finlande. Mais d’autres pays, notamment la Suède, le Danemark et la Hollande, faisaient pression pour avoir les mêmes droits.

Enfin le troisième point, et je dirais que c’est le plus important dans cette nouvelle législation, c’est la mise en place de la réglementation complètement nouvelle sur les semences bio et sur les races animales. Jusqu’à présent il y avait très peu de semences bio et pas de marché spécifique. Désormais, ce sera aux paysans bio de déterminer les variétés, la façon dont ils les multiplient et les commercialisent sans passer sous les fourches caudines des grandes entreprises et des réglementations de semences actuelles.

Pour les animaux, l’idée est d’aller dans la même direction : que l’on puisse avoir petit à petit des éleveurs qui produisent et qui multiplient des animaux pour d’autres troupeaux, à partir de souches dont la rusticité est mise en avant selon les propres critères des éleveurs bio. C’est vraiment un très grand progrès. Et, comme c’est un règlement et pas une directive il s’impose de la même manière aux États, qui ne peuvent pas le modifier.

Êtes-vous satisfait de ces avancées ?

Je suis très satisfait de tout cela, même s’il y a un point sur lequel on n’a pas pu aboutir : les questions des contaminations qui viendraient des autres champs. Nous n’avons pas pu imposer la responsabilité des firmes phytosanitaires par rapport à l’indemnisation des producteurs bio, dans le texte il est dit que la Commission européenne se donne quatre ans pour proposer une réglementation.

Les agriculteurs auront-ils désormais la possibilité de se regrouper pour réduire les coûts de certification en bio ?

En effet, l’idée est de diminuer la pression sur la certification pour les petits agriculteurs. Il sera désormais possible de se regrouper et d’espacer les contrôles, sans obliger les agriculteurs à repayer tous les ans. Les contrôles coûtent très chers pour les plus petites structures et ne sont pas forcément nécessaires, parce qu’ils n’apportent rien de plus en garantie. De plus je ne connais pas un seul producteur bio, qui de lui-même, décide de tricher au risque de pénaliser sa production. Il peut y avoir des contrôles inopinés :  il serait donc dangereux de vouloir tricher en bio. La nouvelle réglementation simplifie les démarches pour les paysans, coûte moins d’argent et permet la même garantie pour les consommateurs.

L’Europe vient aussi d’interdire les néonicotinoïdes. Comment expliquez-vous que l’on soit passer d’un recul sur les glyphosates il y a quelques mois, à des avancées sur ces deux points ?

Il y a une vraie bataille, une vraie prise de conscience autour des pollinisateurs et des abeilles. Cette question a traversé les clivages politiques au sein du parlement européen. Au niveau des États, je pense que c’est vraiment devenu une urgence. La bataille sur le glyphosate n’est pas encore terminée : il y a eu un renouvellement pour cinq ans et c’est une catastrophe. Cela va être très dur mais si on arrive à peser en France pour une sortie en trois ans tel qu’annoncé, je pense que cela pourrait faire boule de neige dans d’autres pays.

Il faut donc ne pas baisser les bras et continuer la mobilisation. Les consommateurs et les citoyens doivent interpeller sur ce sujet pour créer le rapport de force nécessaire. Il faut convaincre, un, que c’est dangereux et, deux, qu’il y a des alternatives efficaces pour se passer du glyphosate.

Quelle serait la prochaine réglementation à mettre en place pour favoriser la bio ?

À l’heure qu’il est il y a de grosses pressions sur le maintien du budget de la PAC : on rentre dans une nouvelle discussion sur l’adoption du budget européen 2020-2027. De plus en plus de gens élèvent la voix pour dire qu’il faut limiter les aides PAC trop élevées. On peut, dans les mois à venir, donner un signal en disant : « On maintient le budget de la PAC, et l’argent que l’on récolte sur le plafonnement des aides, on le reverse directement vers la bio, la reconversion, l’installation de jeunes paysans. » C’est la dynamique qu’il faudrait enclencher. Il faut que beaucoup de voix s’expriment aussi au niveau citoyen pour porter cette revendication. Elle est légitime puisque c’est l’argent de tout le monde, c’est l’impôt de tous, donc chacun a le droit de décider vers où cet argent va aller.

Propos recueillis par Elise Pontoizeau

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