Mobilité

Le vélo : de Strasbourg à La Flèche,
on en connait un rayon !



Comment satisfaire les usagers du vélo et en compter toujours plus ? « Véloptimiste », la ville de Strasbourg semble détenir les solutions : elle remporte le maillot jaune de la satisfaction des cyclistes, décerné par la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) pour l’année 2017. La commune de La Flèche, dans la Sarthe, triomphe dans la catégorie des villes de moins de 20 000 habitants. Réponses croisées des acteurs locaux de la mobilité douce, le long des pistes cyclables.

 

« Qui veut aller loin, ménage sa monture », dit le proverbe. La principale clé d’une politique vélo réussie, c’est qu’elle s’inscrit dans la durée. Pour Jean-Baptiste Gernet, adjoint au maire chargé des mobilités alternatives à Strasbourg, « le premier point qu’on voit dans ce classement, c’est que les villes les plus efficaces dans la place donnée au vélo par les usagers eux-mêmes sont des villes qui ont mis en place, sur de longues périodes, des politiques d’aménagement favorables au vélo ». Ce que confirme Jérôme Legat, directeur adjoint des services techniques et du cadre de vie, responsable du pôle environnement en logistique de la ville de La Flèche qui compte 17 000 habitants : « Tout part d’une certaine culture. Il y a déjà plus de vingt ans maintenant, les élus avaient envisagé des accès plus sécurisés pour les lycéens et les collégiens vers les établissements scolaires. À partir de ce moment-là, les aménagements ont été faits petit à petit. L’idée de “la voirie pour tous” a fait son chemin. »

Pour ce qui est de Strasbourg, l’impulsion est venue d’une initiative citoyenne : « La politique cyclable date de quarante ans. Elle est née d’une mobilisation citoyenne du CADR 67 (une association cycliste strasbourgeoise) suite à un accident mortel qui a eu lieu sur une place très passante de la ville. » Ce décès d’une mère de famille a profondément ému la communauté qui a lancé de nombreuses actions citoyennes à la fin des années 1970, pour que des aménagements urbains soient réservés aux cyclistes.

La « culture vélo », un travail d’équipe

Les deux villes travaillent avec des associations qui les aident et les conseillent. Surtout, elles encouragent l’utilisation du vélo, dans les meilleures conditions possibles, dès le plus jeune âge. Pour Jean-Baptiste Gernet, « c’est très important de toucher les enfants ou les pré-adolescents, c’est-à-dire au moment où les habitudes de mobilité se figent. Si on a une approche un peu ludique et personnelle du vélo, les enfants rêveront peut-être moins d’avoir un scooter ou une voiture : ils se familiariseront vraiment avec le vélo. Chaque année, on touche entre 8 000 et 10 000 enfants pendant des actions de sensibilisation sur les déplacements à pied ou à vélo dans les écoles. Parmi ces actions, 800 enfants par an passent un “permis piéton-vélo” : ce permis est articulé autour de cours théoriques et d’une période de pratique cycliste, sur des pistes d’éducation fermées, puis en évolution dans les rues, avant l’examen final. Il faut qu’à l’issue de cette formation les enfants se sentent vraiment à l’aise dans l’espace public pour se déplacer à vélo, surtout pour aller à l’école. »

Le carrefour Gallieni aménagé pour les cyclistes à La Flèche dans la Sarthe © service communication ville de La Flèche

Dans la Sarthe, les actions vont dans le même sens : « Dans les écoles, il est proposé un “parcours vélo”, mis en place dans le cadre du projet éducatif territorial qui sensibilise et éduque les jeunes. D’ici trois ans, il y aura aussi un projet d’école du vélo avec une des associations partenaires. » Autre champ d’intervention entre les communes et les associations, l’entretien du matériel : « La municipalité a également un projet de création d’un atelier d’autoréparation pour que les associations puissent sensibiliser à l’entretien courant : chambre à air à réparer, les freins à régler, etc. », explique Jérôme Legat, à la Flèche.

À Strasbourg, on applique les mêmes recettes : « La municipalité met l’accent sur les actions associatives, en les accompagnant et en les soutenant davantage financièrement. On les encourage à faire de l’essaimage pour les ateliers d’autoréparation, pour qu’elles aillent dans les quartiers périphériques transmettre leur savoir-faire et aider les gens à devenir autonomes dans l’entretien de leur vélo. Mais ces actions concernent aussi les adultes : les vélo-écoles, que la municipalité aide à développer, intéressent souvent des femmes au foyer, sans emploi, assez sédentaires. Il y a une vraie appétence pour cette activité qui permet d’accéder à l’autonomie. »

Tout est bon dans le vélo !

Pour les villes inspirantes comme Strasbourg, les argumentaires autour de l’écologie ne convainquent pas forcément de nouveaux usagers. Mais, l’Eurométropole mise sur son expérience de pionnière dans le sport sur ordonnance [lire Kaizen n°36, janvier-février 2018] afin de séduire de nouveaux cyclistes. « Nous argumentons sur quelque chose de plus large, plutôt sur le mode de vie en général, qui inclut la question de la santé. Ici, pas de mobilité verte ou de mobilité douce, on parle de mobilité active pour la dimension “activité physique” qui est très importante. On sait que quand des habitants font trente minutes d’activité physique par jour, ils sont en meilleure santé : il ne s’agit pas uniquement de faire du jogging, mais aussi de se déplacer à pied ou à vélo. Notre marque vélo à Strasbourg, c’est le “véloptimisme” : c’est le caractère distinctif des habitants de Strasbourg qui sont heureux de se déplacer à vélo et en bonne santé ! » explique Jean-Baptiste Gernet.

Pistes cyclables à Strasbourg © Frédéric Maigrot pour Strasbourg Eurométropole

Un service de location de vélo, « Vel’hop », est également mis en place par la municipalité alsacienne : « Le diagnostic qui a été fait ici montre une utilisation régulière du vélo tout au long de la journée lorsque les habitants choisissent ce mode de déplacement. Ce n’est pas du tout un besoin de location ponctuelle sur des bornes, comme à Paris ou Lyon. La municipalité a développé un système de location “longue durée” : à la semaine, au mois ou à l’année. D’ailleurs, la majeure partie de nos locations se fait à l’année. La commune dispose d’un parc de 6 000 vélos. L’idée est de louer un vélo qui soit robuste, fiable, agréable, avec des services associés. L’entretien, compris dans la location, permet de ramener le vélo à la boutique de prêt quand il y a un problème mécanique. Le coût annuel “tout public” est de 90 euros et de 40 euros pour les étudiants. Tout cela concourt à la fiabilité du vélo comme mode de déplacement afin que les usagers s’achètent leurs propres vélos. »

Dans la Sarthe, la bicyclette est un des éléments d’une démarche plus globale : « La ville prend en compte le développement durable dans son ensemble, donc tout ce qui est environnemental, économique, social, et l’empreinte carbone font partie des enjeux. Proposer aux usagers des alternatives à la voiture est arrivé avec le reste, dans cette cohérence. Aujourd’hui, à chaque nouvel aménagement, on envisage la place du piéton et du vélo. Vu notre structure et notre taille, développer davantage les transports en commun est très compliqué parce que trop coûteux. Il a fallu trouver d’autres moyens pour permettre aux gens de se déplacer. »

Et, plus qu’une cohérence urbaine, le développement du vélo pour la ville de La Flèche est une cohérence de territoire. Jérôme Legat explique : « Nous avons eu le prix de la FUB, mais La Flèche est ville territoire vélo depuis 2015. » En effet, de nombreux aménagements sont prévus et pensés pour l’activité de cyclotourisme dans la région. La ville est même une étape de plusieurs itinéraires autour de la Vallée du Loir.

Au-delà des mandatures, le vélo trace sa route

À Strasbourg, l’alternance politique n’a pas entravé le développement de la politique cyclable : « Quelle que soit la majorité politique, les habitants accepteraient mal qu’un ou une maire annonce qu’il ou elle va réduire la place du vélo ou les efforts consacrés au vélo dans la ville. Il y a une “culture vélo” qui s’est développée. Il serait difficile d’annoncer que la place accordée au vélo sera moindre. Dans les faits, il pourrait toujours y avoir des différences de dynamisme sur le développement du vélo. »

À La Flèche, même son de cloche, même si depuis 1995, l’équipe municipale en charge n’a pas changé. « Tout cela dépasse les clivages politiques parce que c’est une perception de l’aménagement urbain et du bien-être des populations. Pour une commune de moins de 20 000 habitants, il faut pouvoir envisager l’ensemble de ces problématiques quelle que soit la couleur politique de la municipalité, philosophe Jérôme Legat. S’il y a un changement d’équipe, il n’y aura pas forcément d’accords sur tout, mais ce qui primera, c’est la vision globale qui va bien au-delà des mandatures. »

 

Valérie Desgardin-Bourdeau – @Valdesgardin

 

Lire aussi : Tourisme durable : de l’équitable dans vos bagages !

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