Énergie

Nantes en chemin vers la transition énergétique



Développement de la mobilité douce et des énergies renouvelables : Nantes Métropole montre des voies pour enclencher la transition.

Nantes Métropole
La politique de la métropole consiste à réduire d’ici 2030 la place de la voiture à 40 %, au profit des transports doux et des transports en commun. © Patrick Garçon

Il faut bien l’admettre, cette histoire d’évaluation de la réduction des gaz à effet de serre est un vrai casse-tête et n’est pas un sujet très attirant. C’est technique, complexe et plus la cité est grosse, plus son maillage est dense et plus il est difficile de parvenir à un calcul exact. Pourtant, la métropole de Nantes (600 000 habitants) s’est essayée à l’exercice – réduire et calculer cette réduction – avec une certaine ambition.

Si nous voulons limiter à 2°C l’augmentation de la température du globe (ce qui serait extrêmement souhaitable mais loin d’être gagné), l’Union européenne s’est donné pour objectif de réduire de 20 % ses émissions d’ici 2020 et de 80 % d’ici 2050 par rapport au niveau de 1990. Dans le monde, 70 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent des zones urbaines. Il est donc fondamental que les villes s’y mettent.

Les ambitions de Nantes

Nantes Métropole (Nantes plus 23 communes périphériques) est la sixième plus grande ville de France. Et a priori l’une des plus écolo – du moins parmi les métropoles. Élue capitale verte de l’Europe en 2013, elle met en place depuis une dizaine d’année un programme ambitieux de lutte contre le changement climatique. Son objectif est de réduire de 30 % ses émissions de CO2 par habitant d’ici à 2020 dans trois secteurs : résidentiel, transports et tertiaire, soit les trois sur lesquels la ville a vraiment la main.

nantes
La ville de Nantes mise également sur les espaces verts pour réduire ses émissions de CO2

Pour parvenir à ces résultats, elle a élaboré son plan climat territorial.

« Nous y avons défini dix politiques publiques avec à chaque fois un plan d’action ; la concordance de toutes ces actions fait le résultat. C’est la difficulté et à la fois tout le potentiel d’un travail transversal sur tous les sujets de la collectivité. Passionnant mais complexe ! » reconnaît Maryline Guillard directrice de la direction énergies, environnement et risques, chef de projet plan climat.

Encore et toujours isoler

Comme à Loos-en-Gohelle, la première étape a consisté à lancer un programme d’isolation des bâtiments afin de limiter la production de chauffage.

Problème : la métropole n’a pas la main sur les bâtiments privés qui représentent l’essentiel du parc. Elle a donc engagé un travail avec les copropriétés. Maryline Guillard le résume sobrement : « Il y a beaucoup trop d’inertie ». Des conseillers climat ont donc été dépêchés pour expliquer aux copropriétaires à quels mécanismes d’aides ils pouvaient recourir et la façon dont ils pouvaient monter les dossiers. Avec l’aide d’un bureau d’étude, les ensembles de logements les plus mal isolés (ceux construits entre 1945 et 1970) et les plus à même d’engager les travaux (les mieux lotis financièrement) ont été identifiés. Le processus a été engagé il y a trois ans. L’identification des lieux s’est déroulée en même temps la formation des agents de la ville ; la durée moyenne de passage à l’acte est de trois ans. A ce jour, 32 copropriétés (3300 logements) ont été accompagnées, 23 ont voté l’audit, 5 sont en phase de maîtrise d’ouvrage et 2 en phase de travaux.

Parallèlement, 1268 logements sociaux ont été réhabilités entre 2007 et 2010. Nantes Métropole a également soutenu la réhabilitation de 628 logements dans le Sillon de Bretagne (plus grand HLM de l’ouest de la France, constituant un quartier à lui seul).  L’immeuble consomme désormais 48 kWhep/m²/an contre 175 kWhep/m²/an avant la rénovation. Et les terrasses accueillent 735 m² de panneaux solaires afin d’assurer 50 % de la production d’eau chaude.

Repenser la mobilité

Deuxième secteur le plus émetteur : les déplacements. Chaque jour, 2,1 millions de déplacements sont effectués par les habitants de l’agglomération (3,5 déplacements par jour par habitant). La politique de la métropole consiste à réduire d’ici 2030 la place de la voiture à 40%, au profit des transports doux (marche, vélo, etc.) et des transports en commun. Son objectif est vaste : « organiser la ville des courtes distances en confortant les pôles urbains existants, construire un espace public de qualité à l’échelle du piéton et du cycliste, coordonner les réseaux de déplacements, inciter et accompagner le changement de comportement. » Et effectivement, l’ouverture de pistes cyclables, d’une voie de circulation maritimes, la mise en place de vélos en libre service, la construction du tramway (l’un des premiers tramways modernes d’Europe de l’ouest) et de nouvelles lignes de bus comme Navibus, Busway, Chronobus (qui relie les villes et quartiers de l’agglomération de façon plus rapide et plus fréquente), ont l’air de porter leurs fruits.

Une étude menée en 2012 par la métropole avec deux cabinets spécialisés, portant sur 2400 personnes, a montré que la plupart des objectifs pour 2015 avaient déjà été réalisés : 26,8% de déplacements à pied, 4,5 % en vélo, 15,8 % en transports en commun, 50,9 % en voiture (contre 57 en 2008) et 2 % en deux-roues motorisés. L’ensemble de ces chiffres (à l’exception des motos) est en augmentation depuis 2008 alors que le taux de mobilité est resté le même. Voilà qui est encourageant !

La métropole s’attaque aussi au sujet des déplacements professionnels en proposant aux entreprises des plan de mobilité destinés à encourager les déplacements des salariés par des voies plus douces (marche, vélo, transports en commun, covoiturage…). Ils touchent désormais plus de 100 000 salariés.

Réseau de chaleur et énergies renouvelables

Produire avec des énergies renouvelables au lieu des énergies fossiles est évidemment une stratégie cruciale pour lutter contre les émissions de GES. Pour autant, les objectifs de Nantes sont sur ce point plus modestes.

L’intention est de doubler sa production d’ENR (énergies renouvelables) d’ici 2020, soit atteindre environ 10 % du mix. Bien en-deçà d’autres capitales vertes européennes comme Stockholm ou Copenhague.

Hormis le parc photovoltaïque produisant 190 000 kWh/an (consommation électrique de 72 ménages) sur l’Île de Nantes, le plus important projet est le réseau de chaleur qui alimentait 14 000 foyers en 2012 et en atteindra 3000 en 2017.

Financements ?

« Il est difficile d’isoler le financement du plan climat en tant que tel. Parfois même impossible. C’est essentiellement une question de priorité que nous donnons à nos budgets. Nous sommes pragmatiques pour avancer au mieux, sans passer notre temps à plonger dans les chiffres. »

Heureusement. Car si Jean-Marc Ayrault (ancien président de Nantes Métropole) déclarait : « C’est au niveau des villes et métropoles que la société post-carbone peut se concrétiser le plus rapidement. C’est là que l’habitat, la mobilité, les habitudes de consommation, les choix d’investissement publics et privés peuvent évoluer le plus rapidement pour un changement profond et partagé de nos modes de vie », c’est également là – dans les métropoles particulièrement – que cela demande le plus d’intelligence, de patience et d’énergie !

Extrait du dossier de Kaizen 13 réalisé par Cyril Dion, Pascal Greboval et Jean-Claude Mengoni
© Kaizen, construire un autre monde… pas à pas

 

 


Lire aussi : Loos-en-Gohelle, un exemple de reconversion écologique

Lire aussi : Ces maires qui changent la France

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Ben le 11/03/2016 à 22:25

La ville de Nantes comme n'importe quelle ville souhaite avoir des emplois. Elle pense que la création de l'aéroport va procéder à un boom économique et permettre l'aménagement de l'ancien même si Airbus souhaite conserver la piste et l'utiliser à des fins de cargo. Nantes souhaite construire des logements.

Ben le 11/03/2016 à 22:23

Bonjour, il y a quelques erreurs de chiffres :
"Une étude menée en 2012 par la métropole avec deux cabinets spécialisés, portant sur 2400 personnes, a montré que la plupart des objectifs pour 2015 avaient déjà été réalisés : 26,8% de déplacements à pied, 4,5 % en vélo, 15,8 % en transports en commun, 50,9 % en voiture (contre 57 en 2008) et 2 % en deux-roues motorisés. L’ensemble de ces chiffres (à l’exception des motos) est en augmentation depuis 2008 alors que le taux de mobilité est resté le même. " Comment écrire que "l'ensemble de ces chiffres est en augmentation" alors que la part de la voiture diminue. Je trouve la tournure de phrase pas très correcte.
"le plus important projet est le réseau de chaleur qui alimentait 14 000 foyers en 2012 et en atteindra 3000 en 2017." le réseau de chaleur doublera sa production visiblement mais dans quel ordre de grandeur ? 30 000 foyers demain ou 1400 hier ?

Heureusement il existe de nombreuses villes françaises qui investissent dans les transports communs. Paris souhaite être équipé de "voitures vollantes électriques" sur la seine. Dijon est une ville qui propose des choses sur les transports doux. Rennes met en place dans son PLU des champs urbains, des champs agricoles réservés à l'agriculture(quelle agriculture je ne sais pas). Je trouve que cette idée peut reconnecter le consommateur au producteur.

andré Hamon le 10/03/2016 à 21:57

bonjour,
il y a, à l'évidence, un projet orienté écolo à la Ville de nantes, et pourtant cette ville et ses élus soutiennent un projet d' aéroport qui , lui, ne l'est pas; alors quelle cohérence ?